27 juillet 2021
Critiques

Crimson Peak : Critique

C'est alors que "Le Labyrinthe de Pan" vient de sortir que Guillermo Del Toro ébauche le script de ce qui deviendra "Crimson Peak". Près de 10 ans plus tard, après "Hellboy 2", "Pacific Rim" et la préparation de la trilogie "Le Hobbit" dont il n'assure finalement pas la réalisation, la crédibilité qu'a gagnée Del Toro à force de succès lui permet de proposer un projet plus personnel à des producteurs plus confiants.

"Crimson Peak" raconte l'histoire d'Edith Cushing (le nom de famille n'est pas innocent), une jeune romancière qui lorsqu'on la compare à Jane Austen qui est morte vieille fille, répond qu'elle préfère Mary Shelley, qui est morte veuve. Tout est dit. C'est toute la sensibilité gothique de Guillermo Del Toro qui s'exprime à travers ce récit, si simple et pourtant si méthodiquement attaché aux canons d'un genre qui s'est illustré sous de nombreuses plumes aussi bien masculines que féminines (Horace Walpole, Anne Radcliff, Les sœurs Brontë, William Wilkie Collins…) et a trouvé dans le cinéma un médium d'expression baroque où des réalisateurs on fait éclaté sa sensualité perverse (Terence Fisher, Mario Bava…).

C'est cette rencontre que met en scène Del Toro, la rencontre du roman noir classique et de l'esthétique flamboyante de la Hammer ou du gothique italien. Dans la région du Cumbria, louée par Wordsworth pour ses vertus romantiques, il élève un somptueux manoir dont la majesté est inversement proportionnelle à son entretient, il magnifie ces ruines gigantesques, les rend vivantes. Il en fait le théâtre de sa révision perverse du Rebecca de Daphné Du Maurier ou de Jane Eyre de Charlotte Brontë croisée avec sa cinéphilie gourmande : les influences esthétiques des films de Mario Bava ("Le Corps et le Fouet", "Opération Peur") ou Ricardo Freda ("L'Effroyable Secret du Dr Hichcock", "Le Spectre du Professeur Hichcock").

Bien plus qu'une histoire de fantôme, "Crimson Peak" est une histoire de famille. Plus qu'un film d'horreur ou fantastique, il est un conte merveilleux aussi complexe que décomplexé dans lequel Tom Hiddleston et Jessica Chastain déploient tout leur talent et leur aura suave et impressionnante pour donner vie à un couple incestueux qu'une alchimie parfaite entre les deux interprètes rend aussi crédible que beau et dérangeant. Mia Wasikowska manque de peu d'être mangée toute crue par ces deux monstres de l'écran, elle qui semble incarner le prolongement de la "Alice" de Tim Burton, une jeune femme progressiste mais à l'esprit au combien romanesque qui espère un jour vivre de ses rêves en toute indépendance, mais qui ne résiste pas au charme maladif d'un ténébreux romantiques.

"Crimson Peak" opère sa séduction vénéneuse bien au-delà de son scénario, nous laissant longtemps après la projection songer à son esthétique mordorée, qui plonge avec aisance à de nombreuses reprises dans un carmin profond ou dans un noir corbeau, soulignée par les accents mélodramatiques de la partition musicale de Fernando Velasquez (assurément le compositeur le plus calé en matière de musique gothique de ces dernières années). Voilà peut-être le film le plus ambitieux et le plus sincère de Guillermo Del Toro depuis "Le Labyrinthe de Pan" !

Auteur :Gabriel Carton
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