Critiques

1917 : Une course en temps réel dans les tranchées

Par Amaury Foucart

À Hollywood, il est passionnant de voir à quel point le film de guerre constitue un terrain d’expérimentation idéal pour les plus grands cinéastes. Steven Spielberg avec "Il faut sauver le soldat Ryan", Terrence Malick avec "La Ligne rouge", Mel Gibson avec "Tu ne tueras point…" Tout ce beau monde semblent se lancer des défis pharaoniques, avec des œuvres singulières où s’illustrent leurs obsessions d’auteur.

Il y a deux ans, c’était "Dunkerque", superproduction de 100 millions de dollars où Christopher Nolan courbait l’espace-temps avec une appréhension innovante du découpage cinématographique. Avec un budget similaire, Sam Mendes répond à ce film avec une proposition totalement contraire, excluant le montage, puisqu’il prend le risque de tout tourner en plans-séquences rassemblés.

Faire du cinéma, c’est enregistrer le mouvement du temps. Là où l’art du montage a toujours réussit à le feindre, le temps réel, de la manière la plus factuelle qui soit, n’a jamais été aussi bien représenté que par le procédé du plan-séquence. Puisqu’il se déroule durant une temporalité très courte, le récit de "1917" est, quant à lui, parfaitement servi par la technique. Une poignée de plans-séquences rassemblés de manière invisibles, formant un grand tout de deux heures, pour une action ayant exactement la même durée. Voilà qui nous permet de suivre un exploit militaire au plus proche de ceux qui le réalisent, que ce soit dans leurs moments de stase (très justement représentés), ou de stress intense (que l’on ressent tout autant).

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Dean-Charles Chapman - Copyright 2019 Universal Pictures and Storyteller Distribution Co

L'intrigue de "1917" est aussi simple qu’elle est haletante : deux soldats porteurs d’un message sont missionnés, au péril de leur vie, d’empêcher une attaque qui pourrait constituer un véritable piège pour les troupes alliées. La caméra colle donc aux basques des comédiens (excellents George Mackay et Dean-Charles Chapman), ne nous épargnant pas les paysages horrifiques des no man’s lands, encore moins la mort, qui nous est donnée à voir dans une scène particulièrement douloureuse et triste.

Au final, la mise en scène de Sam Mendes pour "1917" ne cède à aucune esbroufe. La caméra glisse en lents travellings et panoramiques, qui témoignent avant tout d’un sens millimétré de l’espace et de la profondeur de champ. Le chef opérateur Roger Deakins réalise, quant à lui, des miracles avec sa gestion de la lumière naturelle pour les moments diurnes, mais également avec ses éclairages contrastés de la partie nocturne qui, illuminée par des flammes ou des fusées de détresses, constitue l’un des segments les plus époustouflants du long-métrage.

Dans le genre inépuisable du film de guerre, Sam Mendes réussit donc avec "1917" à proposer un nouveau mètre-étalon. Une variation en temps réel du genre, à la mise en scène néanmoins simple et épurée. Un essai esthétique fort, au service de la tension et du plaisir du spectateur. Chapeau !


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