29 juillet 2021
Critiques

Cruella : Un retour audacieux et déjanté aux origines du mal

Par Sarah Ugolini

 

Avec cette « origin-story » qui retrace l’histoire de la plus cruelle des méchantes de Disney, Craig Gillepsie offre un film à l’esthétique soignée et la mise en scène enthousiasmante. On peut toutefois regretter qu’il ne soit pas allé plus loin dans la noirceur du personnage de la machiavélique "Cruella".

Mais pourquoi Cruella d’Enfer est-elle si méchante ? C’est la question à laquelle a voulu répondre Craig Gillepsie dans ce préquel du célèbre dessin animé "Les 101 Dalmatiens". 25 ans après Glenn Close, c’est Emma Stone qui incarne avec une jubilation communicative une des plus grandes méchantes de l’univers Disney. Le réalisateur australien, principalement connu pour "Moi, Tonya", nous plonge dans le Londres des années 1970 avec une bande-son rock immersive et exaltante allant de The Animals à Queen en passant par les Rolling Stones ou David Bowie.

Objectif  ? Découvrir comment une jeune fille surdouée, non conformiste et passionnée de mode deviendra la plus illustre et terrifiante des kidnappeuses de chiens. Un rôle quasi schizophrène dans lequel Emma Stone alterne avec brio les personnalités d’Estella et de Cruella, tels Dr Jekyll et M. Hyde. Avec l’intrigue, le réalisateur prend de grandes libertés avec le dessin animé originel pour dépoussiérer l’emblématique méchante des « 101 Dalmatiens ».

Tout commence dans un petit village de campagne anglais avec une enfant marginale et précoce à la chevelure bicolore intrigante noire et blanche. Cette période sera habillée musicalement du titre « Bloody Well Right » de Supertramp. Incapable de s’intégrer dans les écoles et d’accepter l’autorité, la rebelle Estella quitte avec sa douce et gentille mère leur bourgade dans l’espoir de conquérir Londres et de réussir dans la mode.

Un drame viendra contrarier leurs plans et causera le décès brutal de sa mère et le début d’une nouvelle vie de larcins pour la jeune orpheline. Ce film musical quasi théâtral nous accompagne dans la construction psychologique d’une anti-héroïne en quête de vengeance. Accompagnée de ses deux fidèles compagnons d’infortune Jasper et Horace, Estella va peu à peu basculer dans la folie.

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Joel Fry, Paul Walter Hauser et Emma Stone - Copyright Walt Disney Pictures
La construction du côté obscur sur fond de rivalité fashion

Tentant de se faire un nom dans le milieu de la mode, elle construit son côté obscur auprès de son idole absolue, la baronne von Hellman, qu’elle découvrira être son ennemie la plus féroce pour des raisons plus intimes qu’elle ne le croit. Incarnée avec justesse par une Emma Thompson irrésistible, cette créatrice de mode londonienne des années 70 est aussi cruelle et sans cœur que charismatique. Elle fait son entrée fracassante à l’écran sur le son des Doors avec une répartie aussi violente qu’incisive. Son combat avec Cruella, somptueusement mis en scène grâce une musique punk-rock entraînante et des costumes époustouflants, donne parfois à ce Disney des airs du "Diable s’habille en Prada".

Les deux comédiennes rivalisent de vilenie dans des costumes incroyables avec un plaisir affiché. Cette rivalité destructrice deviendra le déclic qui pousse Estella à embrasser sa part de noirceur et à devenir peu à peu le personnage de Cruella d’Enfer. Une ode punk anticonformiste que l’on savoure avec plaisir durant plus de deux heures qu’on ne voit pas défiler. Comme le dit Cruella, « être conformiste est tellement démodé ». Derrière cette comédie déjantée se cache un message inspirant : être toujours plus audacieux et scandaleux et oser être soi en dépit de tous les obstacles.

On peut toutefois regretter, même s’il s’agit d’un Disney, que le réalisateur ne soit pas allé plus loin dans le côté machiavélique du personnage. S’il s’agit de la mise en exergue de la naissance de Cruella, elle apparaît encore un brin « gentillette » et attachante pour incarner la future créatrice de mode avide de fourrures et qui sera bientôt prête à tout pour se faire un manteau de petits chiots. Cruella se doit d’être à la hauteur de son nom. La véritable plongée en enfer pour Cruella se produira peut-être dans le prochain opus puisque Disney prévoit déjà d’offrir une suite à ce long-métrage.


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