29 juillet 2021
Critiques

Cruella : Une opposition de style

Par François Bour


La nouvelle adaptation live d’un personnage Disney est arrivée. Cette fois, c’est "Cruella" qui est à l’honneur. Si tout le monde ou presque connaît le personnage à la chevelure bicolore et aux mentaux en fourrure, peu de monde sait finalement qui elle est. Ces origines sont dévoilées avec un certain chic.

"Cruella" est la 18ème adaptation en prise de vue réelle d’un personnage Disney dont 14 en dix ans. La dernière en date avant cela était "Mulan". C’est peu dire que le format à la côte. Pour autant, le film "Cruella" est annoncé depuis 2013. Dès le départ, c’est un préquel qui s’est imposé. Au fil des années, des réalisateurs rattachés puis détachés du projet, l’idée de se focaliser sur les origines du personnage est restée. Ce n’est pas dû au hasard. C’est là, après tout, que réside le principal intérêt du film. Un long métrage mature qui se concentre sur la construction du personnage.

Entre blanc et noir

Cruella n’est déjà pas une princesse ni le personnage préféré du jeune public chez Disney. Cela tombe bien, car le film réalisé par Craig Gillespie ("Moi, Tonya") n’est pas vraiment un film pour enfant. Le film se situe sur deux tons. Comme la chevelure bicolore de son héroïne.  Destiné à un public « à partir de 8 ans », il y a des séquences qui ont la douceur du blanc. Estella et ses amis par exemple. Mais le traitement du film est plus adulte qu’enfantin. Après tout le personnage principal est une orpheline, voleuse à ses heures perdues, en quête de vengeance. De plus, en dehors d’un ou deux personnages secondaires, l’ensemble des protagonistes ne font rien pour être attachant, mignon et autre niaiserie attendrissante. À l’exception des chiens bien entendu.

Ce traitement mature du personnage va plaire à certain, décevoir d’autres. En revanche, la qualité des interprétations devrait mettre tout le monde d’accord. Cruella est d’abord un film sur trois femmes. D’abord, Estella, jeune orpheline passionnée de mode maline et au bon cœur. Ensuite, la baronne von Hellman, grande figure de la mode, terriblement chic et horriblement snob. Enfin, Cruella, jeune femme déterminée et provocatrice en quête de vengeance. Trois rôles pour deux actrices. C’est là que le choix de Emma Stone dans le rôle-titre est judicieux, car elle parvient à faire exister distinctement les deux personnalités de son double personnage. Et incarner Cruella après Glenn Close n’est pourtant pas un mince défi à relever. De l’autre côté, Emma Thompson est un opposé de style, rigide à souhait. Elle est assez peu expressive comme le demande son personnage.

Ou des nuances de gris

Alors lorsqu’il s’agit de mettre en avant la qualité des interprétations, il faut souligner le soin apporté aux seconds rôles. À l’exemple de Mark Strong avec son personnage d’une discrète présence qui se fait remarquer. Parfois, la qualité d’un film vient aussi de ces personnages secondaires que l’on remarque à peine jusqu’au moment opportun. La marque d’une construction de récit bien pensée.

Cruella ne serait-elle pas si mauvaise que cela après tout ? Le film vous donnera des éléments de réponse à cette question. Mais puisqu’avec Cruella il y a du blanc et du noir et donc un côté obscur, ce dernier se fait un peu attendre. Pour le public jeune, il faut s’attarder sur l’espiègle Estella avant de découvrir la noirceur relative de "Cruella". Cela amène quelques longueurs dans un long métrage qui dépasse les deux heures. D’autant plus que si le traitement plus adulte du récit est évident, il mériterait d’être plus sombre. Bon d’accord Cruella n’est pas un personnage DC Comics, mais bien Disney. Mais Cruella est censé être cruelle après tout.

À défaut de cruauté, qui se dévoilera peut-être dans la suite déjà programmée, "Cruella" se dévoile et le spectateur l’accompagne sans râler, en connaissance de cause. Le blanc de la gentillesse et le noir de la cruauté, ça donne du gris. Un Disney reste un Disney.

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