21 juillet 2019
Critiques

Curiosa : une invitation érotique ennuyeuse

Critique du film Curiosa

par Clémence Leroy

Lou Jeunet raconte l’histoire passionnelle entre Marie de Heredia, bourgeoise et écrivaine en devenir (auteur de L’Inconstante) et son amant poète et photographe casanova Pierre Louÿs qui fit d’elle une de ses muses.

"Curiosa", dans la bande annonce, avait beaucoup pour plaire et attiser la curiosité. L’érotisme dans un film d’époque avec de jolis costumes et un casting prometteur : le beau Niels Schneider habitué aux rôles de Dom Juan, la fraiche Noémie Merlant et ses yeux pétillants, le talentueux Benjamin Lavernhe, de la Comédie française.

Le film commence alors que les trois sœurs attendent leurs invités en jouant aux prétendantes amoureuses devant un miroir. Pierre les observe depuis l’autre pièce car il s’agit d’un miroir sans tain… Finalement surpris par le père, la figure patriarcale ne s’en étonne guère et s’amuse lui aussi de cette situation.

Nous comprenons très vite le cœur du sujet : Des jeunes femmes à marier dont les hommes se jouent sous la complicité de leurs parents, dans une société où tout se sait où aucun secret ne subsiste à personne mais où les apparences restent sauves.

Marie souhaitait épouser Pierre, mais Henri lui aussi fou amoureux de la belle devance son meilleur ami et fait sa demande le premier. Une déception pour la jeune fille, une aubaine pour le père qui doit éponger ses dettes.

En bref, "Curiosa" montre bien l’injustice qu’est d’être une femme à l’époque vis-à-vis du mariage. Puis-ce que Pierre ne pourra pas être son mari, il sera son amant. Marie sort de sa petite bourgeoisie lors de ses séances photos secrètes et découvre la liberté sexuelle mais aussi la jalousie.

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Zora, la belle « indigène » algérienne (jouée par Camelia Jordana) obtient les grâces du beau Pierre et le fait chavirer par ses danses nues et enflammées. Pourquoi pas. S’en suivent quelques scènes de jalousies.

Tel le roman Bel Ami, Pierre court les jupons de toutes les jolies femmes, de tous les âges et même peu importe si elles sont issues de la même famille. D’ailleurs mesdames le savent et s’en moquent. Le personnage de Marie se prend au gout de la photographie de nu et devient le modèle de son amant.

Jusque-là on arrive à suivre, mais plus le récit avance et plus l’ennui nous guette. Malgré quelques petits rebondissements, les choses trainent et on ne se prend pas au jeu. Henri, le mari trompé reste assez hermétique aux événements, il a quelques soubresauts de colère, mais s’efface totalement du récit.

Rien à dire sur le jeu des acteurs mais le scénario manque de piment. La musique électronique d’Arnaud Rebotini ("120 battements par minute") heureusement rehausse le tout et dépoussière le genre. L’identité musicale offre modernité et nous renvoie dans un autre monde qui est le nôtre.

La monotonie s’explique par les mêmes lieux toujours filmés : entre la petite garçonnière, la maison maritale et le théâtre, une brève sortie au parc nous fait voir le jour mais peu de scènes du quotidien ne sont montrées. Quelques plans stylisés nous montrent des feuillages, des fleurs, des arbres, qui tantôt font échos aux couleurs des tenues de madame.

En bref la photographie de "Curiosa" est belle, mais l’histoire n’accroche pas le spectateur.

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