12 décembre 2019
Archives Critiques

Dans la brume électrique de Bertrand Tavernier : Pari réussi !

Passionné de littérature et fin connaisseur de la culture nord américaine, Bertrand Tavernier nous revient avec une adaptation d'un roman de James Lee Burke, "Dans la brume électrique". Admirateur de l'œuvre de l'écrivain américain, il souhaitait mettre à l'écran son héros Dave Robicheaux. Son pari est dans l'ensemble réussi grâce à un excellent Tommy Lee Jones.

Dave Robicheaux, incarné brillamment par Tommy Lee Jones, mène l'enquête et tente de faire la lumière sur cette sombre affaire. Ce héros n'est pas un simple flic mais un véritable détective, un personnage complexe hanté par son passé. Ici, pas d'agents du FBI bardés de beaux joujoux scientifiques mais un policier au flair infaillible connaissant la région comme sa poche.

Dave Robicheaux a de solides principes moraux qui peuvent parfois voler en éclats lorsque dans un excès de colère il devient violent et bestial. Traquant le meurtrier à travers les bayous (étendues d'eau formées par les anciens bras et méandres du Mississippi), le shérif est amené à enquêter sur deux évènements, l'un passé l'autre présent. En effet, la découverte d'un cadavre décomposé d'un jeune homme noir réveille d'embarrassantes histoires du temps où la ségrégation raciale faisait loi.

Le fantastique s'invite dans le film lors de l'apparition d'un mystérieux général sortant tout droit de la guerre de Sécession. Ce dernier tente d'aider l'inspecteur dans sa recherche de la vérité. Dave Robicheaux essaye ainsi de résoudre des meurtres présents mais s'efforce également d'éclairer son propre passé.

Bertrand Tavernier nous propose avec "Dans la brume électrique" un film globalement réussi, très soigné, dans lequel on sent un long travail préparatif. Le réalisateur a collaboré avec James Lee Burke dans un souci de fidélité et d'actualisation de l'œuvre (le passage de l'ouragan Katrina). Le concours de l'écrivain se ressent dans la qualité du scénario. Le romancier lui a servi de guide et l'a introduit auprès de nombreux autochtones afin de mieux cerner le climat local.

Le seul reproche que l'on pourrait adresser à l'ancien critique cinématographique réside dans le mélange fantastique/réel. Le spectateur peut ne pas accrocher aux apparitions du général qui constituent pourtant le cœur du film. La voix « off » de Tommy Lee Jones semble parfois trop éloignée de la réalité et pas vraiment en accord avec son personnage.

Enfin, quelques longueurs conduisent à un rythme parfois trop lent et à un temps assez important pour être totalement pris par le récit. Confirmation qu'adapter un livre au cinéma recèle de nombreux pièges auxquels il semble presque inévitable d'échapper. Reste que Tavernier nous emmène avec "Dans la brume électrique" dans une région méconnue et nous plonge, grâce à une bande originale très soignée, au cœur même de la culture de la Louisiane.

L'atmosphère est parfaitement restituée de manière racée et subtile. La lumière élégante et travaillée traduit à merveille l'univers marécageux de New Iberia et ses ténébreuses histoires. Comme une métaphore, Robicheaux tente de soulever le brouillard fouillant ce passé qui conditionne le présent. Tommy Lee Jones nous impressionne par son talent et sa capacité à retranscrire le passé du personnage. On comprend pourquoi Bertrand Tavernier le souhaitait à tout prix pour incarner le protagoniste du film.

Sa collaboration avec le réalisateur ne s'est d'ailleurs pas cantonnée à son seul rôle d'acteur puisqu'il a écrit entièrement certaines scènes et a pu apporter sa connaissance du Sud des Etats-Unis (il est né à San Saba au Texas). Son caractère et sa personnalité nous rappelle certains traits du grand Clint Eastwood et on lui souhaite un même avenir. Les seconds rôles sont interprétés avec réussite. John Goodman campe parfaitement le mafieux local et Peter Sarsgaard interprète avec justesse l'acteur tourmenté.

Derrière cette enquête policière se cache également un film politique, dénonçant la gestion désastreuse de la catastrophe Katrina par l'administration Bush et la manière dont la mafia locale parvient à en tirer profit. Cet aspect est traité de manière très habile sans l'usage du pathétique et du tragique. Il est dommage pour nos amis américains que ce long-métrage ne soit pas exploité sur les écrans américains et se contente d'une simple sortie en DVD.

Auteur :Julien Depelchin
Tous nos contenus sur "Dans la brume électrique" Toutes les critiques de "Julien Depelchin"

ça peut vous interesser

Ad Astra : Espace pas détente

Rédaction

Ad Astra : L’obsession de conquête et d’inconnu

Rédaction

Brad Pitt en astronaute dans Ad Astra

Rédaction