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Dans la vallée d’Elah : Appel de détresse

On connait Paul Haggis pour ses histoires tourmentées, faites de courage et de cœurs brisés, de remise en question et de faiblesses dissimulées. Tout commence avec le scénario de "Million Dollar Baby", offrant à Clint Eastwood l'un de ses plus beau film en tant que réalisateur. Un succès qui donne une seconde chance à Paul Haggis qui, après une tentative ciné peu encourageante ("Red hot", 1993), se cantonnait essentiellement aux séries télévisées. Il nous livre alors son second métrage, "Collision", croisée de destins atypiques qui explose les préjugés d'une Amérique fébrile. Couronné de 40 prix internationaux dont 3 Oscars, le film confirme le talent d'Haggis, effaçant par la même occasion le doute qui laissait penser que le réal' se planterai dans le mélo après le coup de maître eastwoodien. Alors quand le gaillard nous invite pour une échappée belle dans la Vallée d'Elah, nous le suivons. Les yeux écarquillés…

A l'instar de son prédécesseur, "Dans la Vallée d'Elah" peint le visage d'une certaine Amérique. Celle de la rigueur militaire et de la discipline, là où les valeurs et les principes passent au-dessus des sentiments. Un endroit où il faut faire la guerre pour devenir un homme. Un pays qui envoie ses « boys » à l'autre bout du monde dans l'optique naïve d'exporter la démocratie.

Ce visage est celui d'un père, ancien membre de la Police militaire, qui mène sa propre enquête sur la disparition de son fils, désigné déserteur depuis son retour d'Irak. Une voix tremblante s'élève dans le noir, un appel de détresse d'un fils à son père. Puis plus rien. Le silence des autorités militaires pousse Hank Deerfield dans les bureaux de la Police du Nouveau-Mexique, où la bureaucratie et le quotidien semble avoir pris le pas sur l'investigation motivée. Pourtant, l'officier de police Emily Sanders va s'allier à Hank dans sa quête de vérité.

La Vallée d'Elah est le lieu mythique où le petit David a vaincu le géant Goliath. Conscient que l'Histoire se répète sans cesse, Paul Haggis se sert du mythe pour montrer une réalité. Au-delà d'un affrontement entre deux pays, il nous fait ressentir l'affrontement insensé que se livre la population irakienne et les « boys » américains. Cela, à travers les vidéos parcellaires, presque illisibles provenant du portable de Mike Deerfield. Dans un premier temps, ces images illustrent parfaitement une vérité qui est bel et bien là, mais que Hank refuse de voir. « Les voiles des cœurs sont déchirés quand les cœurs se regardent en face » (proverbe berbère).

La caméra colle à la peau rugueuse d'un Tommy Lee Jones revêche et taciturne, contenant sa rage derrière la discipline. Méthodique, il analyse la situation, entretenant toujours une longueur d'avance sur les personnes sensés retrouver son fils. Intuitif, il ne laisse paraître sa violence que lorsqu'il croit savoir à qui s'en prendre. Ainsi, le récit préfère le cheminement de la réflexion et de la psychologie à celui de la lamentation. Les personnages se heurtent à leur miroir, obligés de regarder une vérité qui s'éloigne de leurs convictions.

Le personnage de Charlize Theron ne sort pas non plus indemne de cette expérience. Elle fera face à son erreur absurde mais funeste, preuve que des éléments extérieurs futiles et triviaux peuvent détourner le regard d'un fait grave et dramatique. Il en est de même pour Susan Sarandon, mère exclue de son rôle par le patriotisme aveugle de ses hommes.

Le film évolue comme une enquête policière embourbée dans une réalité insaisissable jusqu'à un final glaçant qui dévoile son message politique et engagé. "Dans la Vallée d'Elah", ou comment symboliser par un drapeau retourné le parcours intérieur d'un homme, la volonté d'un pays, de voir revenir ses enfants.

Auteur :Davy Girard
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