Critiques

Dark Waters : Le film à Oscars sans Oscars

Par François Bour

Annoncé comme un thriller haletant, "Dark Waters" embarque Mark Ruffalo dans un biopic sur un avocat qui reniant les hautes sphères qu’il côtoie pour défendre un fermier. Le point de départ d’un film qui retrace surtout le combat d’un homme, à l’image d’un David contre Goliath. Une quête au cœur d’un scénario judiciaire destiné à éveiller les consciences. Idéal pour les Oscars et pourtant...

Savez-vous que vous êtes empoisonné ? C’est une question que le spectateur pourrait entendre du réalisateur Todd Haynes. Avec "Dark Waters", le cinéaste américain dénonce les dangers du Téflon. Un composé chimique créé par l’homme et utilisé dans de très nombreux produits. La prise de position est claire. Elle s’illustre ici par la mise en image du combat d’un homme face à une société de produits chimiques faisant la fierté de l’ingéniosité américaine. Ce fameux rapport de force entre David et Goliath. Le petit « David » se nomme ici Robert Billot. Avocat méticuleux qui décide de venir en aide à Wilbur Tennant, fermier de son état dont l’exploitation est voisine d’une usine.


Un discours réquisitoire contre les polluants
L’affaire Tennant débute alors que l’homme a perdu presque tout son troupeau, décimé par d’étranges maladies. Robert Billot, d’abord peu convaincu, découvre au fil de ses recherches des documents accablants et décide donc de partir en guerre contre Goliath, nommé ici Dupont. Le déroulement du scénario n’a, en cela, rien d’original. Ce film annoncé comme un thriller judiciaire suit l’évolution d’une affaire sur plus de dix ans avec ses révélations, ses négociations, ses contre-argumentations etc. A vrai dire, le long métrage de Todd Haynes ressemble plus à un discours réquisitoire contre ce qu’il dénonce plutôt qu’à un vrai thriller.

critique-dark-waters1
Anne Hathaway - Copyright TOBIS Film GmbH

"Dark Waters" a le mérite de permettre au spectateur de suivre l’affaire, d’en comprendre les tenants et les aboutissants tout en dénonçant son sujet. Le réalisateur ne cache pas d’ailleurs ses intentions politiques avec ce film en voulant éveiller les consciences. Le message est clair et il est audible. La sélection du film aux Oscars était d’ailleurs un objectif assumé et réussi pour pouvoir mieux porter ce message. Seulement, le film est reparti bredouille de la grande messe du cinéma américain. Pire, il fut  l’un des absents de la cérémonie puisqu'il n'y était même pas nominé.

La sentence est d'autant plus accablante lorsque les différentes interviews du réalisateur confirme une conception pour les Oscars. Le cinéma hollywoodien connait d'ailleurs bien ce cinéma de dénonciation et l'a par le passé récompensé d'une ou plusieurs statuettes. "Dark Waters" pourtant n'a pas été nominé dans aucune des catégories. Ce qui n’est pas vraiment surprenant au final. Au-delà du message destiné aux spectateurs, aussi intéressant soit-il, il s’agit avant tout de cinéma. C’est justement sur son aspect cinématographique que "Dark Waters" prend l’eau.


Une mise en scène en retrait
Alors que Todd Haynes a su mettre la mise en scène au service d’une histoire avec l’ambitieux « Le Musée des Merveilles », il se laisse aller à la facilité avec "Dark Waters". Avec un titre pareil, il est, par exemple, évident que l’image soit sombre et froide. Trop facile. Il est tout aussi évident d’avoir un personnage principal qui ne sourit jamais et semble toujours d’une sombre humeur. Même si l’affaire le justifie, il n’y a pas un moment de contre-pied en 120 minutes de films.

Fort heureusement, l’interprétation de Mark Ruffalo est juste. Le casting est d’ailleurs un point positif du film. Outre Mark Ruffalo, l’actrice Anne Hathaway, bien que peu présente à l’écran, incarne bien cette femme qui se sacrifie pour son mari. Bien que le long-métrage tourne essentiellement autour du personnage de Mark Ruffalo et donc de son interprétation, il est dommage que les seconds rôles apparaissent et disparaissent sans apparente raison comme les personnages de Victor Garber ou Bill Pullman par exemple."

"Dark Waters" met son casting au service de son sujet et atteint son but d’exposer un scandale écologique à travers un film aux attentions politiques. Une quête de vérité et une enquête bien déroulée mais une proposition cinématographique trop terne. Les intentions du réalisateur américain sont louables mais les faits sont là. Son film destiné aux Oscars y a fait un flop et le public américain, premier public concerné par le sujet, n’a guère été convaincu en salle. Voilà le constat d'un film qui n'a pas les moyens de son ambition aussi pertinent soit le message qu'il illustre.


ça peut vous interesser

Sa dernière volonté : Vaut la peine de l’exaucer

Rédaction

The Banker : Le classicisme chez Apple

Rédaction

Les Aventuriers des Salles Obscures : 29 Février 2020

Rédaction