14 décembre 2019
Critiques

Deepwater : Working-class zero

Au rayon « don't believe that hype », je demande… Peter Berg ! En effet, il est toujours frappant de constater à quel point le moindre faux-pas (ou appelé comme tel) d'un réalisateur suffit à remettre en question son statut, quand d'autres peuvent se permettre d'insulter l'intelligence du spectateur avec un aplomb putassier sans que cela ne dérange personne.

Dans le cas de Peter Berg (réalisateur de "Hancock", "Battleship", "Le Royaume"… N'en jetez plus !), le constat est d'autant plus édifiant que la critique semble être acquise à sa cause depuis qu'il s'est trouvé un style visuel identifiable (quoique largement hypothéqué sur le cinéma des autres, et notamment Michael Mann) sur la série "Friday Night Lights". 

C'est aux caractéristiques de cette fameuse « signature » que l'on trouve autant les raisons présidant autant à sa popularité que l'inanité de son cinéma. Cet aspect « tranches de vie » revendiqué par sa mise en scène, qui prétend s'intéresser à ses personnages en les saisissant dans leur quotidienneté, mais ne réussit jamais à les faire exister dramatiquement.

Cette emphase intimiste qui se voudrait anti spectaculaire quand elle reconduit les images d'Epinal les plus éculées des genres investis. Le prétendu iconoclasme de ses partis-pris, euphémisme du cynisme roublard avec lequel il essaie de mettre le public dans sa poche.

Bref, le cinéma de Peter Berg agite tout ce que l'époque peut compter de signes ostentatoires d'une esthétique qui se voudrait anti-hollywoodienne dans l'esprit. Que le regard soit à peine plus élevé que celui d'un Donald Trump sous cocaïne est presque de l'ordre du détail en comparaison de l'écran de fumée que constitue la proximité artificielle qu'il essaie d'imposer avec ses projets. 

Sans surprise, "Deepwater" continue de creuser le sillon qui avait contribué à sa reconnaissance, et particulièrement dans ce monument de cynisme putassier qu'est "Du sang et des larmes". Caution histoire vraie et formalisme proche des gens à l'appui, façon cinéma authentique qui simule son humilité face aux vrais héros de la vraie vie qui ont affronté un vrai drame qui a coûté des vraies vies.

Une façon de fusionner non pas avec son sujet (pour ça, faudrait-il le traiter au-delà du « c'est vraiment arrivé ») mais avec la déférence collective envers l'histoire qui l'a inspiré, histoire de se prémunir contre toutes critiques envers ses partis-pris. Parce que quelque part, questionner le bien-fondé de tels ou tels procédés reviendrait forcément attenter à la mémoire des personnes, vu que le film leur rend hommage (CQFD). 

Forcément, cette prise en otage (aux grands maux les grands mots) du point de vue du spectateur se répercute sur absolument toutes les strates de conception du film. Découpage analphabète et illisibilité de l'image ? C'est chaotique et ça fait vrai.

Dialogues alignant les considérations techniques récités par des acteurs qui font plus ou moins bien semblant de comprendre ce qu'ils disent ? Ça fait sérieux (enfin, ça montre que j'ai fait des recherches) et ça fait vrai. Présentation des personnages confondant connivence et caractérisation ? C'est mettre la dimension humaine en avant. Et ça fait vrai.

Forcément, avec une seule réponse opposée aux problématiques du projet (même le casting 100% « working-class hero approved », pourtant convaincant, ne semble répondre qu'à cet impératif, Mark Wahlberg en tête), pas de surprises à ce que l'on se désintéresse de ce qui se passe au bout de vingt minutes.

D'autant que Berg ne manque pas une occasion de nous rappeler qu'il ne sait pas poser une scénographie intelligible (bon courage pour comprendre ce qui se passe sur la plate-forme et qui fait quoi quand la catastrophe arrive), ou de réutiliser 50 fois les mêmes plans numériques pour représenter la fissure sous-marine en train de se former (merci pour le crescendo dramatique). 

Rien ne manque à l'appel, même le générique en forme d'oraison funèbre de bistrot photos des disparus et chansons pop larmoyantes façon Steven Tyler dans "Armageddon" pour venir arracher votre larmichette. Berg se rêve probablement en version prolo Michael Mann, ses films sont ceux d'un Roland Emmerich avec une caméra à l'épaule et des décadrages intempestifs. Ce qui rend la côte dont il bénéficie finalement plus révélatrice des gens qui le porte aux nues que de ses dispositions artistiques…
Auteur :Guillaume Méral
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