24 septembre 2021
Critiques

Délicieux : Bon appétit !

Par Jérémy Joly

Le réalisateur Eric Besnard fait son retour au cinéma avec "Délicieux". Ce film revient, de façon assez libre, sur la création du tout premier restaurant en France, la veille de la Révolution française. Il est difficile de ne pas y voir une sorte de clin d’œil à son père, Jacques Besnard, réalisateur du film "Le Grand Restaurant" avec Louis de Funès.

Mais revenons à Eric Besnard. Il est connu pour être le réalisateur de longs-métrages aux styles variés. Il a, par exemple, mis en scène une comédie policière, "Ca$h" avec Jean Dujardin ou encore un film d'aventure, "600 kilos d'or pur", avec Clovis Cornillac. Ses films plus récents sont des comédies avec une certaine tendresse : "Le Goût des merveilles", "Mes héros" et "L'Esprit de famille".

"Délicieux" se déroule donc en 1789, à l'aube de la Révolution française. Nous faisons la connaissance de Pierre Manceron, un cuisinier talentueux mais aussi très orgueilleux. Suite à un désaccord sur la création d'une recette, il se fait limoger par son maître, le duc de Chamfort. Une femme vient à sa rencontre pour devenir son apprentie. Son contact lui redonne l'envie de cuisiner. De plus, elle va le pousser à créer un lieu particulier qu'est le restaurant, avec un concept tel qu'on le connaît aujourd'hui. Ce film est un bel hommage à ce lieu de partage et de plaisir dont nous avons été privés durant une trop longue période.

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Isabelle Carré et Richard Gadebois dans le film "Délicieux" - Copyright Jérôme Prébois / 2019 Nord-Ouest Films
Des thèmes contemporains
Mais derrière les histoires autour de la cuisine, des recettes, le long-métrage aborde des thèmes contemporains. Par exemple, il y a le féminisme. Le personnage féminin principal, Louise, est moqué pour son envie de travailler dans la cuisine. Tout simplement parce qu'elle est une femme, son rêve paraît ridicule. Aujourd'hui, dans le milieu de la gastronomie, la proportion de femmes récompensées par le guide Michelin reste faible. Le film décrit parfaitement la montée de la colère du peuple juste avant l'éclatement lors de la révolution. Nous pouvons y voir un parallèle avec le mouvement des gilets jaunes il y a deux ans. "Délicieux" montre que le restaurant a pour but de rendre accessible la gastronomie plus seulement aux aristocrates mais aussi au peuple.

"Délicieux" est visuellement beau. La photographie de Jean-Marie Dreujou, qui a travaillé avec Jean-Jacques Annaud entre autres, est extraordinaire. Certains plans ressemblent à des peintures de l'époque. Le rendu à l'écran des paysages du Cantal est magnifique, tout comme les visages des acteurs en gros plans. Le travail sur le son est soigné. Les décors, avec une vieille grande peu ordinaire, et les costumes sont somptueux. Les nombreux plats, préparés par des chefs étoilés, sont alléchants. Il n'y a pas besoin de 4DX pour imaginer les odeurs. Le goût sera dans votre bouche rien qu'en voyant ces images et c'est un régal !


Un casting savoureux
Le film est composé d'un casting particulièrement savoureux qui vient du théâtre. Tout d'abord Grégory Gadebois dont le physique et le visage portent la gourmandise, est magnifique dans ce rôle de cuisinier audacieux. C'est un acteur que nous retrouvons de plus en plus au cinéma, capable de tout jouer à la perfection et dans des registres variés. Il forme un duo épatant avec une Isabelle Carré pétillante, dans un personnage difficile à cerner totalement. Isabelle Carré arrive à jouer avec une subtilité époustouflante. Les seconds rôles sont tenus par Benjamin Lavernhe en duc odieux et détestable ainsi que Guillaume de Tonquédec, qui a toujours un jeu d'acteur très juste.

"Délicieux" est un film de cinéma, un spectacle à découvrir absolument sur grand écran. Le regarder à la télévision ou sur une tablette ferait perdre sa saveur. Alors laissez-vous tenter par le péché de gourmandise et allez voir "Délicieux" qui vous donnera envie de manger en sortant de la salle !



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