25 juillet 2021
Critiques

Demain tout commence : Une rencontre entre son père et sa fille

Grand-gamin partageant son temps entre son boulot à la cool, le cadre paradisiaque dans lequel il évolue et les conquêtes éphémères, Samuel est dans "Demain tout commence" le prototype de l'adulescent comblé par son indolence. Les responsabilités, c'est clair, il n'en veut pas. Pourtant, elles vont sonner à sa porte lorsque l'une de ses compagnes d'un soir lui abandonne leur fille dont il ne soupçonnait pas l'existence, et qui va radicalement transformer sa vie après ses efforts infructueux pour retrouver la maman démissionnaire…

Alors voyons. Sujet de mélodrame sirupeux prompt à saucer de sa texture calorique une fin d'année de toute façon traditionnellement acquise à la hausse du cours du cholestérol ? Présent. Une star ultra-bankable désireuse d'entériner un peu plus son statut en lançant une OPA sur la place de mascotte des 7 à 77 ans dans une période motivant les grands moments de catharsis familiales ? Moui, on a aussi. La petite touche (ou louche) de pathos qui fera couler des larmes de crocodiles à votre téléviseur LED quand "Demain tout commence" sera programmé dans 6 mois sur TF1 ? On ne l'a pas oublié.

Voilà pour les ingrédients, pas nécessairement cléments sur le papier avec l'idée que l'on se fait d'une digestion heureuse. Heureusement, "Demain tout commence" c'est (un peu) plus que ça. Déjà parce que Hugo Gélin, dont c'est le deuxième film, à défaut d'avoir le fouet toujours habile, a le mérite de faire preuve de volontarisme dans l'agencement des aliments dont il dispose. Cadré dans un chouette Cinémascope avec le souci constamment affiché de bien remplir le cadre comme il faut, ce remake du film mexicain "Ni repris, ni échangé" témoigne d'une envie de cinéma que l'on n'attendait pas forcément dans un exercice de cette nature.

Comme s'il essayait délibérément d'échapper à la catégorisation esquissée dans le paragraphe précédent, Hugo Gélin s'emploie à témoigner de la haute idée qu'il se fait du cinéma populaire familial, réussissant même à éteindre les éruptions de cynisme évoquée par la seule mention des itérations hexagonales du genre (la dernière en date, "La Famille Bélier", nous ayant laissé avec des plaies à soigner et Louane à supporter).

De fait, aussi surprenant que ce soit à écrire, c'est bien de son ambition dont "Demain tout commence" (distribué par Mars Films) s'avère victime, croulant sur le poids d'une structure narrative multipliant des sous-intrigues qui auraient pu faire l'objet de long-métrages entiers à elle-seules. Trop dispersé pour son propre bien, Gélin se retrouve à sous-traiter des pans entiers aux conventions les plus caricaturales du genre faute de pouvoir les développer correctement (toute ce qui concerne le retour de la mère indigne n'est clairement pas le point fort du film, Clémence Poesy inclue). A tel point que l'on se demande parfois si le réalisateur n'essaie pas détourner l'attention du spectateur de son fil rouge, comme s'il fallait ménager un faux-suspense à l'évidence qu'il prend soin d'effleurer sans avoir l'air d'y toucher.

Pourtant, et c'est encore plus surprenant, c'est au détour d'un twist franchement inattendu et amené avec une certaine grâce que le film se recentre in extremis sur son centre de gravité : l'histoire d'amour entre Samuel et sa fille, véritable moteur de l'ensemble qui doit beaucoup à la dynamique entre ses deux interprètes (Omar Sy, souvent juste, et l'incroyable Gloria Colston). Il y a même à parier que "Demain tout commence" gagnera à la revoyure, tant la fin permet de relire ce qui a précédé sous un angle clairement plus avantageux, témoignant d'une hauteur de point de vue (sur un sujet difficile qui plus est) quelque peu noyée sous l'accumulation auparavant. De quoi même aménager au film sa petite place dans la mémoire du spectateur, y compris quelques semaines après sa projection. Et ça, on ne l'avait pas vu venir.

Auteur :Guillaume Meral
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