29 novembre 2020
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Demonlover : Mulot Land Drive

Avec "Demonlover" (distribué par SND), nous voilà embarqués dans un jeu de piste trépidant mêlant sexe, argent et la violence propre à l'univers caché des Mangas.

Assayas signe là un film bien différent de ses précédents tant au niveau de l'histoire qu'au niveau technique. La caméra DV suit les personnages de près pour mieux rendre compte de l'atmosphère lourde et stressante. Ce procédé, il est vrai, nous amène dans l'histoire, nous intrigue et requiert de la concentration pour ne pas rater le moindre élément capital. L'on comprend vite le double jeu obscur de Diane, espionne industrielle, sans connaître le but ultime et l'identité de ses employeurs. Le rôle des femmes y est prépondérant, essentiel et assez bien mis en valeur. Elles sont fortes, décisionnaires, exécutives. Voilà un bon point pour Assayas qui a su démasculiniser l'univers décisionnel de la pornographie, choisissant de montrer des femmes à poigne, désireuse de protéger la condition féminine dans ce monde de perversité.

Hervé (Charles Berling) est un avocat d'affaire sombre, mystérieux, lubrique et alcoolique. Il apparaît comme l'instigateur de cette paranoïa progressive. Tous ses têtes brûlées goûtent à l'excentricité japonaise paradoxalement soumise à des codes culturels forts. Le japon apparaît arriéré mais débridé, froid mais pervers, conservateur mais novateur. La dernière astuce réside dans la musique, mi-trash, mi-gothique flirtant avec nos limites de tolérance.

C'est bien là la clef de "Demonlover" : la rupture. "Il me semble que nous jouons sur une limite très fragile" entend-on. L'auteur ne croit pas si bien dire. En voulant surfer sur la toile de la cyber-porno-criminalité, Assayas finit par en perdre le fil dont il aurait pu tisser sa fin. L'intrigue s'englue dans des profondeurs mystérieuses déjà trop bien explorées par David Lynch. L'image se prend même parfois à dupliquer le talent du grand maître et mais se perd sur les Lost Highways des prouesses sonores et graphiques.

Assayas, dont il faut saluer le courage et une relative maîtrise, semble avoir pris beaucoup trop de risques avec "Demonlover" et n'a pas su poser sa caméra à temps pour diluer son talent bouillonnant. Il laissent un film intéressant, audacieux mais mal abouti. C'est là son Manga-gagner.

Auteur :Olivier Bruaux
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