16 septembre 2021
Archives Critiques

Dérapage : Critique n° 1

En voiture pour deux heures d'un haletant voyage.

En bon suédois, le réalisateur Mikael Hafström sait conduire sur une route gelée. Et ce qu'il maitrise particulièrement, c'est l'art du dérapage. Sur un terrain glissant, il parvient à garder son film sur ses quatre roues et à le conduire jusqu'au dénouement. Le terrain glissant, c'est le thriller. Au vu du nombre de films qui se réclament du genre -sans, d'ailleurs, toujours en respecter les codes- le pari d'écrire un scénario aussi tortueux qu'une route de haute montagne était risqué.

Le récit est au départ très simple. Charles Schine, marié, un enfant, rencontre dans le train qui l'emmène au boulot Lucinda Harris. Un bel homme, une belle femme et malgré les engagements conjugaux de chacun, ce qui devait arriver arriva. Direction une chambre d'hôtel. Tout occupé, les deux amants se font surprendre par un cambrioleur qui les détrousse et viole Lucinda. C'est le début, pour Charles de multiples chantages, et pour le spectateur d'une série de retournements de situation. Les dérapages mènent logiquement aux tonneaux. Mikael Hafström suit la règle et propose au spectateur un récit tortueux qui accroche le spectateur à son siège jusqu'à la toute dernière seconde du film. A condition de fermer les yeux sur les quelques sorties de piste de ce Dérapage. Le scénario ressemble à une tour faite de pièces de bois. Enlevez une de ces pièces et tout s'écroule. C'est l'impression que l'on a lorsqu'on rembobine tout le récit après la projection. Chaque élément, chaque ligne s'emboîtent pour former une construction à l'équilibre précaire.

Parce que l'échafaudage reste debout, Dérapage convainc et divertit. Mikaël Hafström est méritant car jamais le rythme ne baisse et ce malgré les virages serrés du scénario. Et c'est peut-être cette vitesse d'exécution qui permet d'embarquer le spectateur et de faire en sorte qu'il ne s'arrête pas plus longtemps sur quelques inexactitudes. On ne se lève finalement de son siège qu'au bout de presque deux heures et l'on sort d'un long tunnel à l'atmosphère noire, presque glauque. Une atmosphère de thriller. Pour soutenir l'ouvrage, un trio d'acteurs brillants. Clive Owen serre les dents tout du long, retient la violence en lui avant de l'expulser dans les dernières minutes, lors d'une scène dans une chambre d'hôtel très bien menée. Jennifer Aniston perd le sourire qu'elle trimbalait dans ses précédents films et essais télévisés et inscrit avec Dérapage la première ligne de sa modeste filmographie (faisons lui grâce de "Polly et Moi" ou du récent "La Rumeur Court").

Et pour que le film soit réussi, le traditionnel français dans le rôle du méchant. C'est cette fois-ci, Vincent Cassel qui s'y colle. Et qui s'y colle d'ailleurs plutôt bien. Malgré ces multiples détours, ses changements de parcours, Dérapage maintient le cap et évite de se perdre. Evite surtout d'égarer le spectateur qui, au cours du film, aura à loisir de se demander : quand est-ce qu'on arrive ? Plus impatient de voir à quoi ressemble la fin du voyage qu'agacé par tant de route.

Auteur :Matthieu Deprieck
Tous nos contenus sur "Dérapage" Toutes les critiques de "Matthieu Deprieck"