Critiques

Dernier amour : Lassant amour

La critique du film Dernier amour

Par Justine Briquet


Mais qui était vraiment Giacomo Casanova ? Telle est la question passionnante que pose aujourd’hui Benoît Jacquot dans son "Dernier Amour".

Après "Les Adieux à la Reine" (en 2011) et "Journal d’une femme de chambre" (en 2015), le réalisateur nous invite cette fois à voyager vers le Londres du pittoresque XVIIIe siècle et ce, en suivant les pas d’un mythe : le célèbre Casanova.

Si l’histoire a préféré retenir le libertin plutôt que l’écrivain, c’est pourtant un homme nostalgique que nous dépeint le cinéaste, un homme qui se remémore l’histoire de son premier et dernier amour, celui que suscita la mystérieuse Mademoiselle de Charpillon, une courtisane de l’époque.

« L’on n’aime jamais autant que lorsque l’on est éconduit », là est sans doute le cœur de ce film. Mais comme les personnages en proie à cette passion frustrante, il se pourrait bien que le spectateur, lui aussi, sorte de cette traversée, quelque peu insatisfait.

Le projet était pourtant intéressant : percer à jour les faiblesses d’un homme qu’on s’était appliqué à décrire comme l’éternel gagnants des jeux amoureux.

Si le choix de Vincent Lindon dans le rôle du célèbre séducteur est une surprise pour tous, celui-ci n’achève malheureusement pas de nous convaincre. Malgré la perruque et les bijoux, l’acteur détonne dans cet univers précieux.

Face à lui, la jeune Stacy Martin qu’on avait découvert dans le sulfureux "Nymphomaniac" n’a pas perdu son pouvoir érotique et mystique, un pouvoir dont elle use ici à souhait afin de séduire puis éconduire le prétendu mâle dominant.

Le film de Benoît Jacquot tombe indéniablement dans ce qui pourrait nous apparaître comme les principaux écueils du film d’époque : une indéfinissable lenteur accompagnée d’une solennité morne. D’un réalisme à toute épreuve, Jacquot colle aux pas de ces personnages, tout en silence et frustration.

On observe donc Casanova marcher lourdement, manger des huîtres bruyamment, tenir des discussions sinistres et s’éterniser dans cette ville inconnue dans laquelle il semble s’ennuyer lui aussi...

D’un sujet comme Casanova, on attendait forcément beaucoup. Car l’homme incarne à lui tout seul une certaine idée de l’amour, de la séduction mais aussi de la passion qui induit noirceur et supplice. Cette errance des sentiments s’allégorise notamment dans une scène où les personnages se perdent au beau milieu d’un labyrinthe.

Malgré donc une apparente volonté de donner naissance à un cinéma d’amour, aucune émotion ne semble traverser l’écran si ce n’est un ennui profond. L’ennui de voir désacralisé sous nos yeux un personnage pourtant complexe et tourmenté, un personnage somme toute passionnant qui pourrait aisément déclencher en nous, spectateurs, de vives émotions.

"Dernier Amour" est inspiré des mémoires de Casanova qui se révéla être un brillant écrivain. Les formules parfois brillantes ne parviennent pour autant à trouver un écho.

Les mots, comme la passion des deux personnages principaux, ne connaissent ainsi jamais d’envol ni la magie de l’alchimie, qu’il s’agisse de l’alchimie entre deux corps, deux âmes, mais aussi l’alchimie entre un verbe et un interprète. Les comédiens semblent désincarnés, comme récitant un texte qui ne raisonne pas en eux.

En définitive, "Dernier Amour" raconte l’histoire improbable d’un homme aux mille et une conquêtes qui se voit pourtant pris d’une passion étrange pour la seule qui se refusera à lui.

L’intrigue aurait dû être fiévreuse et profonde, elle ne sera finalement que très sous-exploité et réduite à l’insupportable récit d’un homme frustré de ne pas posséder quand la femme voudrait être aimée pour ce qu’elle est.

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