Critiques

Des hommes : l’Algérie comme fardeau

Par Kévin Corbel


"Des Hommes" est film sur le traumatisme de la guerre d’Algérie chez les soldats français et onzième long-métrage de Lucas Belvaux. Le réalisateur belge signe une œuvre juste et touchante, alors même que la question mémorielle fait l’actualité.

Appelés pour la guerre d’Algérie en 1960, Bernard, Rabut et bien d’autres ont été marqués à vie par ce qu’ils ont vu là-bas. Quarante ans plus tard, le passé resurgit chez ces hommes qui ont feint d’oublier cette période de leur jeunesse.

La justesse comme métronome

Tout sonne juste. Que ce soit le jeu de Gérard Depardieu (Bernard), dont on déplorerait presque le peu de temps à l’écran, ou celui de son homologue du passé, Yoann Zimmer, que l’on avait déjà pu apercevoir dans "Été 85". Le dosage entre en scènes calmes et scènes d’horreurs nous montrent une vision très dure de la guerre, bien loin des épopées héroïques auxquelles l’on pourrait être habitués. La guerre est injuste, elle n’épargne pas les innocents et le réalisateur nous le fait comprendre avec cette question que pose un soldat français : « Quelle différence entre ce que nous faisons ici et ce qu’on fait les Allemands à Ouradour ? ».

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Jean-Pierre Darroussin - Copyright Synecdoche - Artemis Productions Photographe David Koskas

"Des Hommes" est l’adaptation du roman du même nom de Laurent Mauvignier, ce qui pourrait expliquer cette justesse à l’écran. Sans avoir lu le livre, on peut deviner que Lucas Belvaux s’est voulu proche du récit, surtout dans les passages où l’on entend les pensées des personnages. Les dialogues de ces scènes ont un style très littéraire, ce qui amplifie l’effet de justesse, une justesse que ces hommes auraient acquise à force de se remémorer les mêmes évènements pendant quarante ans.

Un film qui tombe à pic

On peut déplorer le manque d’équilibre entre les scènes se passant en 1960 et celles se déroulant de nos jours, Depardieu étant presque absent du film une fois passée la première partie. En revanche, on ne pourra qu’applaudir le sens du timing du long-métrage qui, covid oblige, sort en salle avec un retard de six mois, mais qui sort donc après le rapport de l’historien Benjamin Stora sur la colonisation en Algérie, dont la question des mémoires a fait grand bruit dans l’actualité ces derniers mois.

S’il ne s’agit que d’une fiction, "Des Hommes" a le mérite de proposer une nouvelle vision d’un conflit loin d’être résolu dans les imaginaires français et algérien. Si les paysages filmés sont marocains, ils n’enlèvent rien à l’immersion que nous propose Lucas Belvaux dans ce film qui n’aura pas usurpé sa sélection au Festival de Cannes 2020.

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