10 juillet 2020
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Des hommes sans loi : Des hommes sans éclat

La promesse d'un film de gangsters se déroulant à l'époque de la prohibition, et ni une, ni deux, notre cœur de fan boy se met à battre la chamade au souvenir des Incorruptibles ou des Sentiers de la Perdition qui, entre autres pépites ont contribué à notre amour du cinéma. Puis vient la projection de "Des hommes sans loi", et là, surprise, le film de gangsters n'est là que par bribes, laissant à plusieurs reprises sa place à l'histoire d'une fratrie et déroulant une chronique familiale, amoureuse et criminelle dans une sorte de western de fin du monde, là où un univers finit et où un autre commence. Non pas que ce ne soit pas réussi, mais ce n'est clairement pas ce à quoi l'on pouvait s'attendre.

En fait, passée la surprise et la déception tempérée mais bien présente, que l'on n'est pas en train d'assister à la projection d'un digne héritier du film de gangsters qui dépote, Des Hommes sans Loi, charrie sans peine son lot de scènes fortes et marquantes. Mais si elles sont visuellement impressionnantes, si le sang et la violence sont bien là, ces séquences ne sont que parcimonieuses. Tout comme les fusillades qui n'apportent rien au genre et qui sont très sous exploitées. A l'inverse, la part de séduction et l'évolution des sentiments, que ce soit entre les personnages de Tom Hardy et Jessica Chastain ou ceux de Shia LaBeouf et Mia Wasikowska, sont beaucoup plus développées. C'est un choix du réalisateur John Hillcoat et de son scénariste Nick Cave, et un choix ça se respecte, même si l'on n'est pas spécialement en phase avec.

Tiré du livre de Matt Bondurant dans lequel il racontait l'histoire de sa famille, Des Hommes sans Loi, met en scène des personnages complexes, des hommes qui vivent la fin d'une époque et qui ont du mal à franchir le rubicon. La peinture de cette période est particulièrement réussie, les ramifications psychologiques que ce soit entre les frères Bondurant ou les interactions avec les hommes du milieu sont parfaitement bien décrites.  Mis en scène de la plus classique des manières, le film manque cependant de ce qui fait le sel des grandes sagas épiques, même si quelques éclairs viennent briser cet espèce de ronronnement dans lequel on finit par glisser.

Si les personnages sont bien dépeints dans l'ensemble, il est dommage que Gary Oldman et Guy Pearce voient leurs présences sacrifiées tant les hommes qu'ils interprètent recelaient une puissance évocatrice peu commune. Il y a malgré tout certains aspects qui laissent sceptiques, comme celui de faire du personnage de Tom Hardy, un rustre qui s'exprime à coups d'onomatopées et qui revient d'entre les morts de manière récurrente, de celui joué par l'excellent Jason Clarke, un bon à rien qui tète de la bouteille constamment… Certaines scènes les mettant en avant frôlent l'absurde et on finit par se demander pourquoi les ridiculiser ainsi. On est censé être dans un film badass et le crédit de l'ensemble est fragilisé par ce traitement décalé, même s'il est propre à leur caractérisation. Le personnage pivot, c'est celui de Shia LaBeouf, il est le vecteur essentiel de l'action, il tire l'ensemble du récit, et même s'il s'en tire plutôt bien, l'acteur de "Transformers" est loin d'avoir le charisme de Tom Hardy ou Jason Clarke. Ce parti pris fait au final de "Des Hommes sans Loi" un film déséquilibré, illuminé par les présences féminines de Jessica Chastain et de Mia Wasikowska, et transcendé par quelques éclats que l'on gardera en mémoire, mais dont on se demande encore le pourquoi de sa présence en compétition au dernier Festival de Cannes ?
Auteur :Fred Teper
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