30 juillet 2021
Critiques

Des lendemains qui chantent : La critique

"Des lendemains qui chantent" est une vraie bonne surprise. En effet, au vu de la bande annonce, on aurait pu craindre une énième comédie française au scénario laborieux et dépolitisé. Car, disons-le honnêtement : le cinéma français est habituellement assez médiocre pour traiter de la politique. C'est qu'il n'a pas intérêt à trop taper sur un pays qui l'aime tant. Cependant, "Des lendemains qui chantent"" ne fait pas vraiment de concessions sur un constat morbide établi par une grande part de la société civile aujourd'hui et, on le sait moins, établi aussi par nos aînés il y a 30 ans : le rapide désintéressement des partis de gauche pour leurs idéaux et leurs promesses, leur rapide attachement au pragmatisme, aux préceptes de la rigueur, etc. Comme le fait le personnage principal Leon Kandel (interprété par Pio Marmaï décidément très attachant), il faudrait relire le livre de Guy Hocquenghem (Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary) pour saisir tous les tenants et aboutissants de ce défaitisme.

En tout cas, "Des lendemains qui chantent" est subtilement à charge, ne triche pas à cet endroit et enfonce le clou ; au risque de blesser peut-être certains de ses spectateurs à qui il est administré sans vergogne que la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles de 2002 fut désastreux pour les idées et que la ré-élection de Jacques Chirac, « malgré lui », inaugurait une ère moribonde pour la politique.

Cela étant, rassurons nous, ce film n'est pas qu'un exutoire ou un pamphlet : c'est aussi une belle comédie avec des personnages attachants : le père Kandel (André Dussollier, éternel bon père de famille, se tournant vers la religion, faute de mieux pour contrer son désarroi) et Pio Marmaï donc (passant de l'idéalisme au cynisme, comme beaucoup dans les années 80) mais surtout Sylvain Thalbaut (Ramzy, surprenant et très convaincant en entrepreneur foutraque), des seconds rôles pleins de sens (Jean Michel Lahmi, rédacteur en chef de  Libération  en flagrant délit de veste retournée et Bruno Gouery rédac-chef du Nouvel Observateur en pleine hystérie de scoop, ou Attali – Louis –Do de Lencquesaing - en stratège ) et une mise en scène pleines de désopilantes trouvailles (voir l'ellipse à Libération où, dans une même séquence aux raccords ingénieux, Pio Marmaï est encensé pour son article délateur sur Bernard Tapie, le même article lui étant retoqué 5 ans plus tard).

Toutefois, on évite totalement le potache et, c'est la force du film, notre rire amusé face à la description vintage des années 80-90 (« en 1990, c'est l'heure des communications !!! ») devient jaune quand on se rend compte que cette époque, promise à une solidarité sans faille, a vite privilégié les chemins de l'ego (Bernard Henri Lévy déjà mégalomane), de l'opportunisme (le publicitaire qui conseille aussi bien Jacques Chirac que Lionel Jospin), de l'argent roi. Et pour certains, des lendemains qui « déchantent »...

Auteur :Frédéric Hauss
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