Critiques

Deux fils : La critique du film

Critique du film Deux fils

par Mickaël Vrignaud


Joseph arpente un couloir sombre au bout duquel trône un cercueil posé à la verticale ; il s'arrête devant et, après quelques secondes, tique sur la taille dudit cercueil « il est trop petit, je connais mon frère il était aussi grand que moi, il est trop petit ».

Pour confirmer ses craintes à l'ébéniste qui lui soutient que le cercueil a été fabriqué sur mesure, il entre dedans, devant le regard abasourdi de son jeune fils. Tout "Deux Fils" se trouve là : il y est question de détresse absurde, de rigolade triste et de perte de modèle.

Le premier film de Félix Moati est un exemple du genre... Quel genre ? On sait pas vraiment mais il accomplit son travail avec beaucoup de maturité et surtout, il écrit pour les acteurs. Comme il le confie lui-même en interview « la scène du cercueil, si je la fais jouer par Joaquin Phoenix, on se dit putain, quel drame ! Ce que je fais dire à Vincent Lacoste, dans la bouche d'un autre acteur, on se dit que c'est théâtral » et c'est vrai.

Benoît Poelvoorde (rarement aussi sobre au cinéma) apporte son bagage absurde à ce personnage de dépressif plutôt optimiste (il n'a pas encore renoncé à tout et veut changer de vie pour se lancer dans l'écriture).

Vincent Lacoste débite des sentences pompeuses (il déclare sereinement à une psychologue scolaire avoir une ambivalence à l'endroit de la vie, entre détresse et calme extérieur) avec un naturel détaché irrésistible ; quant au jeune Mathieu Capella, sorte de héros de BD lunaire à la Desplechin, il est formidable.

Être acteur, ça aide pour diriger. On sait ce qu'on a envie d'entendre, on se comporte avec les acteurs comme on aimerait qu'on se comporte avec nous
Félix Moati


Tout le monde se cherche dans ce jeu à trois ou chacun a arrêté d'admirer l'autre : le père vient de perdre son frère aîné, le fils aîné n'a plus un regard pour son père, le fils cadet voit dépérir son frangin. En reste une sorte de film choral parisien sans trop l'être, Félix Moati a la main sûre, il bénéficie d'un casting haut-de-gamme pour une première réalisation mais ne cède pas sous a pression, mieux il dirige les acteurs à la perfection : « Être acteur, ça aide pour diriger. On sait ce qu'on a envie d'entendre, on se comporte avec les acteurs comme on aimerait qu'on se comporte avec nous. »

Qui plus est, le film est sacrément classe, bande-originale léchée, image soignée d'un Paris qui n'a pas l'air d'être Paris. D'un Paris qu'il connaît, en fait : « Je filme les endroits que je connais, que j'arpente la nuit et le jour, je pourrais pas filmer ailleurs. C'est pas une volonté de filmer Paris pour filmer Paris, c'est juste que j'y ai grandi et j'y ai toute ma mémoire affective».

Qu'est-ce qui fait de "Deux Fils" un très bon film donc ? Peut-être l'idée que Félix Moati réalise à vingt-huit ans un premier film stylé, intelligent et qui ne fait pas premier film, justement. C'est ça le secret pour réussir son premier film : ne pas faire un premier film avec un million de choses à dire et un catalogue d'influences dont tout le monde se fout. Faire juste un film. Et celui-ci est remarquable !

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