25 juillet 2021
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Deux Frères : Critique

Seize ans après "L'Ours" qui nous avait bouleversé jusqu'aux larmes, Jean-Jacques Annaud nous fait à nouveau partager sa passion du monde sauvage avec "Deux Frères", en nous emmenant faire un safari hors-piste sur les traces des tigres, au cœur d'un sanctuaire qui abrite les secrets de la vie animale.

Fruit d'un travail titanesque d'investigations, de documentation scrupuleuse et de préparation sur le terrain de la part du cinéaste, "Deux Frères" a l'âme d'une fresque animalière et la teneur d'une fable coloniale dans le sens où Jean-Jacques Annaud a voulu dénoncer la bêtise dévastatrice des Hommes à travers une histoire aux allures magnifiques de reportage photographique. Malheureusement, Jean-Jacques Annaud s'est laissé emporter par sa passion et diriger aveuglément par ses convictions au point de tomber dans la facilité, surtout dans la deuxième partie du film qui vient détruire la magie qui opérait à chaque instant dans les scènes de jungle de la première partie. Comment un cinéaste, capable de subjuguer l'imagination en saisissant l'intensité et l'expressivité du regard des tigres, a-t-il pu brosser sciemment des portraits humains versant exclusivement dans la caricature outrancière et risible ? De la femme blanche potiche et nunuche au riche bipède persuadé que tout lui est dû en passant par le chasseur repenti et pétri de remords, Jean-Jacques Annaud nous offre la totale !

On nourrit d'autant plus de regrets que Jean-Jacques Annaud ait fait capoter son film que son approche des tigres est fascinante. Grâce aux talents conjugués d'une équipe technique d'excellence - et plus particulièrement Jean-Marie Dreujou, le directeur de la photographie, et Thierry Le Portier, le dresseur qui s'est occupé de pas moins de 30 tigres dont 18 bébés -, Jean-Jacques Annaud est parvenu à appréhender ce mélange de puissance et de vulnérabilité inhérentes à ce prédateur suprême. Car malgré ses déficiences au niveau des personnages humains, « Deux Frères » n'en demeure pas moins un merveilleux hommage au plus mythique des félins, dédié essentiellement aux mordus de faune et de photographie. Dans cette jungle qui se dévoile dans sa folle exubérance végétale, les rais de lumière percent le feuillage pour créer une atmosphère propre à l'apparition quasi-surnaturelle de ce fauve au pelage de feu.

Grâce à des angles de prises de vue incomparables, on assiste à des scènes incroyables de la vie d'une famille de tigres : scène de chasse, de jeux, de remontrance et de tendresse… Comment résister au Papa tigre, silencieux lorsqu'il se glisse à pas feutrés sous le couvert végétal, attendrissant lorsqu'il dodeline comme un gros chat pataud ? Comment ne pas être émue par la Maman tigre, mue par un instinct maternel surdimensionné, prête à donner sa vie pour protéger ses petits ? Comment ne pas succomber au regard tendre et curieux de ces bébés tigres qui se poursuivent et chahutent ? Une chose est sûre, Jean-Jacques Annaud a su envelopper les tigres de merveilleux effets de lumière pour faire ressortir la diversité de leurs comportements et humeurs sans pour autant donner dans l'anthropomorphisme invraisemblable.

Dommage qu'il n'ait pas su faire preuve de davantage de subtilité pour incriminer la vénalité de l'être humain quel que soit son milieu social, et son irresponsabilité barbare, cause de bien des maux, car l'impact du film aurait été nettement plus fort. L'homme menace le tigre d'extinction parce qu'il se sert de lui comme d'un animal de compagnie hors-gabarit, d'une pièce de collection de prestige marquant son statut social, ou d'un moyen de divertissement source pour lui d'enrichissement. Jean-Jacques Annaud impute très justement à l'homme les mauvais traitements infligés au tigre en captivité qui, privé de sa liberté, plonge dans une profonde apathie ou est sujet à une anxiété pathologique. Oui, je sais, je m'enflamme, mais le sujet me touche...

Comment Jean-Jacques Annaud a-t-il pu faire une bouillie gâchée d'un sujet aussi fort ? Au lieu de nous bouleverser et de déclencher l'enthousiasme, "Deux Frères" parvient juste à susciter quelques émotions faiblardes chez les enfants, les amoureux de la faune et de la photographie. Notre attente est cruellement déçue. 

Auteure :Nathalie DebavelaereTous nos contenus sur "Deux frères" Toutes les critiques de "Nathalie Debavelaere"

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