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Deux jours à tuer : Du bon cinéma populaire

Spécialiste d'une certaine idée du cinéma français populaire dont le fond de commerce repose principalement sur une glorification sénile de la vie à la campagne, Jean Becker sort enfin de ses comédies pataudes en traitant de la crise de la quarantaine d'un homme au bout du rouleau. De la part du réalisateur de l'épouvantable « Les enfants du marais » ou de l'atroce (je pèse mes mots) « Dialogue avec mon jardinier », il y a de quoi prendre peur, un peu comme si les scénaristes de "Joséphine, ange gardien" décidaient de faire un remake de "American Beauty". Heureusement, "Deux jours à tuer" vaut bien mieux que les sarcasmes assumés de votre fidèle rédacteur au point que même certains cinéphiles plutôt exigeants pourront y trouver de quoi cogiter. Qui l'eut crû ?

Aaaaaaaahhhhhhhhhhh Jean Becker… les odeurs de la campagne, le scope lumineux qui éclaire la verte prairie des champs de nos papis, les arômes de saucissons à l'heure de l'apéro entre potes. Certains appellent ça du cinéma. Plus raisonnablement, on se sent quand même plus devant la télé en train de se taper la version unrated director's cut d'un reportage de Jean Pierre Pernaut. Du coup, il faut reconnaître que c'est drôlement rafraichissant de trouver des acteurs, des idées et un vrai scénario dans un film de Jean Becker. Les mauvaises langues parleront presque de miracle et elles ne seront pas loin de la vérité.

Entièrement focalisé sur le personnage d'Albert Dupontel (excellent), le script de "Deux jours à tuer" suit un homme en pleine crise, fatigué par un mode de vie luxueux mais terriblement vain. Sur le modèle de Lester Burnhamm dans "American Beauty", Antoine va exploser après des années de frustration, envoyant balader les conventions qui l'étouffent. Toute cette première partie, classique, est néanmoins efficace grâce à la force de l'interprétation et une écriture bien moins caricaturale que dans les précédents films de son réalisateur. La suite de "Deux jours à tuer" s'éloigne immensément des sentiers battus auxquels nous avait habitué Jean Becker, grattant parfois là où cela fait (très) mal sur le modèle familial et son lot de regrets, de remords et d'illusions perdues.

Dans ce contexte plus que positif, il est toutefois regrettable que la fin, si pertinente sur le papier, soit mise en scène avec une maladresse qui handicape une montée d'émotion bien réelle. Cette faiblesse mise à part, on repense au film longtemps après la projection redécouvrant chaque scène avec un point de vue nouveau. Jean Becker a ainsi prouvé qu'il savait faire du cinéma français populaire ET de qualité.

Auteur :Frédérick LanoyTous nos contenus sur "Deux jours à tuer" Toutes les critiques de "Frédérick Lanoy"

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