22 septembre 2019
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Deux soeurs pour un Roi : Trash et lisse à la fois

Décidément, le cinéma anglais n'arrête pas de revisiter l'histoire de son pays, de remonter aux sources de son mythique « âge d'or » : le règne d'Elisabeth 1ère.

Dans les années 1930, déjà, plusieurs films mettaient en scène les protagonistes de cette histoire : c'est de cette période que datent une "Vie Privée de Henri VIII" (Alexandre Korda, 1933), une "Vie Privée d'Elisabeth" (Michael Curtis, 1939) et pas mal d'autres choses du même genre. Le film d'époque a ensuite connu une assez longue éclipse mais est revenu sur le devant de la scène dans les années 90 avec "Shakespeare in Love" (1998).

Plus récemment encore, sont sortis les deux films de Shekhar Kapur : "Elisabeth" (1998) et "Elisabeth, l'Age d'Or" (2007) avec Cate Blanchett dans le rôle principal. Et enfin, arrive ce "Deux Soeurs Pour Un Roi", qui pourrait passer pour un « préquel » des deux précédents, puisqu'il relate les circonstances de la naissance de la souveraine.

De l'histoire, donc, on retient en gros que Henri VIII, interprété par Eric Bana (beau, viril, très enrubanné... bien loin des portraits connus du roi ou de Charles Laughton, qui l'interprétait dans "La Vie Privée d'Henri VIII"), n'était pas un méchant bougre mais qu'il n'a pas eu de chances avec les femmes. La première, une ex-infante d'Espagne (interprétée par Ana Torrent, la petite fille de "Cria Cuervos" et de "L'Esprit de la Ruche", qui a un peu grandi depuis... !) ne lui a donné que des enfants mort-nés.

Il est temps pour lui de se trouver une maîtresse, si possible jolie et féconde. Un riche courtisan tente de lui caser sa fille. En fait, il en a deux : en gros, une gentille et une méchante, ça nous est expliqué, comme un avertissement, alors qu'elles n'ont pas encore 10 ans.

La gentille, jouée par Scarlett Johansson, étant mariée très vite, il se dit que la méchante, Natalie Portman, sera mieux armée pour s'occuper d'un roi. Un peu trop bien armée, même, au point d'être désavouée très vite. Du coup, c'est l'autre qui se retrouve invitée à Londres (son mari étant facilement écarté), tandis que la première est envoyée faire un stage à la cour de France (d'où elle reviendra encore plus affutée, c'est la moindre des choses).

C'est quand elle seront toutes deux mises en concurrence pour les faveurs du roi que l'intrigue commencera vraiment à trouver tout son sel.

L'enjeu de cette histoire n'est pas négligeable, puiqu'elle est à l'origine de l'anglicanisme : la rupture de l'Angleterre avec l'Eglise de Rome. Mais l'accent n'est pas mis sur les tractations politiques, diplomatique ou religieuse. Ce qui seul importe au roi, visiblement, c'est laquelle des deux soeurs il a le plus envie d'avoir dans son lit.

Le récit est un peu long à démarrer mais il faut reconnaître que les péripéties de la deuxième partie sont assez piquantes, déployant leur lot de jalousies, complots et perversions en tous genres. On n'est pas très loin, à certains moments, des tragédies antiques familiales, revisitées façon pièces sanglantes de Shakespeare ou de Racine, en plus cru côté sexe.

Ce genre de films historique en dit souvent plus sur l'époque qui le produit que sur celle qu'il représente. Ici, il n'est question que de coucheries, de stratégies d'alcôves et de politique dans le boudoir. C'est de l'histoire version trash, rubrique « people » plus que « géopolitique ». C'est de notre temps...

La dénonciation de la violence faîte aux femmes, objets de plaisir soumis au bon plaisir des puissants, toujours des hommes, bien sûr, est aussi un regard contemporain bienvenu. Kristin Scott Thomas (encore elle !), qui joue la mère des deux soeurs et est témoin impuissante de leur déchéance, incarne le personnage le plus émouvant du film.

Toutefois, "Deux Soeurs Pour Un Roi" a un gros défaut très pénible : sa mise en scène lisse, classique, hyper polissée. De beaux costumes, de beaux éclairages, des décors irréprochables, puisque ce sont des monuments historiques, mais presque rien qui laisse affleurer la violence de ce qu'il raconte.

Avec un tel sujet, il faudrait l'inquiétude distillée dans les films d'Egoyan, ou la fureur de ceux de Chéreau, quelque chose enfin qui bouge, qui tremble, qui fasse peur. Un regard, une esthétique quoi, qui ne cherche pas nécessairement à trouver des excuses à tout le monde.

Dommage, encore un film qui n'est pas à la hauteur de ses ambitions.

Auteure :Isabelle Tellier

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