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Die Hard 4 : McClane méritait mieux

12 ans après la sortie d'"Une journée en enfer", l'annonce de la mise en chantier d'un quatrième volet des aventures de John Mc Clane, "Die Hard 4 - Retour en enfer" avait de quoi laisser perplexe. La carrière déclinante de Bruce Willis, le manque d'enthousiasme de la star vis-à-vis du projet et la mise au placard de John Mc Tiernan ont eu raison de la patience de certains fans. Et pourtant, en 2007, alors que plus personne n'y croyait, "Die Hard 4 - Retour en enfer" sort enfin sur les écrans du monde entier avec l'ambition de mettre le feu au box office.

Question pétarade pyrotechnique, le budget confortable de 110 millions de dollars et le savoir faire de Len Wiseman assurent le spectacle. Toutefois, il manque l'essentiel à savoir un scénario digne de ce nom et la fraîcheur des premiers volets où l'humour de Mc Clane faisait souvent mouche. Ici, les scènes d'action s'articulent autour d'une structure branlante et accouchent d'un blockbuster poussif qui fait péter ses décors les uns après les autres histoire de combler les trous.

Plus grand est l'espoir, plus amère est la déception. Les premières images de "Die Hard 4 - Retour en enfer" laissaient croire que John Mc Clane allait entrer dans l'ère numérique avec l'aisance qui lui avait permis d'imposer un type de héros drôle et atypique face à ses concurrents directs des années 80 (Schwarzie, Stallone). Pourtant, après deux heures de projection, on sort de la séance dubitatif. Jugez plutôt : finis les prises d'otages, les détournements d'avion ou les attentats en plein New York, le scénariste de "Constantine" et de "Godsend" (oui, je sais, ça fait peur) a vu toutes les saisons de "24 heures chrono" et fait entrer Mc Clane dans l'ère du cyber terrorisme. Problème : si faire sauter un grand magasin en plein Manhattan en met rapidement plein la vue sous l'objectif de John Mc Tiernan, voir pendant 20 minutes les hommes de main du super méchant faire planter tous les ordinateurs d'Amérique s'avère à la longue assez peu excitant.

Du coup, Len Wiseman, honnête faiseur venu de la série B (la série "Underworld", c'est lui) noie le poisson sous des tonnes de TNT afin de masquer les béances d'un script convenu et donc archi prévisible. Il y parvient parfois comme lors de cette poursuite hélicoptère / voiture qui réserve quelques très beaux plans de cascades réalisées « à l'ancienne ». Mais, dès que l'équipe technique joue la carte du 100 % numérique, la mise en scène frise le grand n'importe quoi : gestion de l'espace chaotique, raccords effets de synthèse / décors voyants, explosions qui défient les lois de la physique. Certes, les précédents "Die Hard" comportent des scènes qui mettent à mal le postulat de crédibilité, mais Len Wiseman franchit ici régulièrement la ligne rouge. Le final apocalyptique –et qui rappelle furieusement celui de "True Lies"- aussi spectaculaire soit-il, marque les limites d'un film qui en met plein la vue sans que jamais cette énergie soit contagieuse. Et malgré les multiples détonations en DTS THX 9.1, c'est finalement l'ennui et l'indifférence qui finissent par s'imposer.

La faute encore une fois au scénario qui pompe les recettes des précédents films dans l'espoir de réaliser le blockbuster ultime. Mais, plutôt que s'additionner, ces prétendus atouts s'annulent dans une bouillie indigeste. Ainsi, Timothy Olyphant (le shérif de "Deadwood") marche courageusement sur les traces d'Alan Rickman et Jérémy Irons pour incarner un méchant digne de ce nom. Malheureusement, il n'a quasiment rien à défendre, sa présence à l'écran étant beaucoup trop effacée. Quant au fameux partenaire de Mc Clane (un duo pompé sur celui qu'il formait avec Samuel L. Jackson dans "Une journée en enfer"), il ne retrouve jamais l'humour distancié du film de Mc Tiernan, Justin Long plombant même définitivement quelques scènes pourtant essentielles.

En outre, le cahier des charges imposé par la Fox jure un peu avec la violence viscérale des précédents films. En effet, là où tous les autres "Die Hard" ont écopé d'une interdiction aux moins de 17 ans non accompagnés aux USA, celui ci fait poliment l'objet d'un PG 13, sésame indispensable pour toucher le public adolescent en salle. Cette auto-censure n'est pas sans conséquence à l'écran. Les combats sont aseptisés par un montage en plans serrés qui masque coups et blessures (c'est particulièrement flagrant lors de l'empoignade Bruce Willis / Maggie Q dans la centrale électrique). C'est d'autant plus regrettable lorsqu'on se souvient que Len Wiseman avait fait un très bon boulot sur les combats dans "Underworld Evolution"…

Pour toutes ces raisons, "Die Hard 4 - Retour en enfer" représente donc une sérieuse déception. Un temps envisagé pour réaliser le projet, Michael Bay aurait peut être su en tirer quelque chose d'autrement plus palpitant. Reste un film d'action en forme de grand huit où tous les décors finiront systématiquement en ruines. On peut s'en contenter mais la saga méritait assurément beaucoup mieux.

Auteur :Frédérick Lanoy
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