Critiques

Diversion : Bonne surprise !

On le sait, la réussite du film d'arnaque repose sur la façon dont ses instigateurs vont s'accommoder du paradigme bicéphale qui infuse le genre et le rapport ultra-interactif qu'il entretient avec le public. De fait, il s'agit d'une part de jouer de duper l'audience en lui agitant des indices sous le nez, et de l'autre veiller à maintenir une cohérence d'ensemble afin que l'inévitable révélation finale ne sonne pas comme une tentative désespérée de recoller les morceaux au mépris de l'autonomie des péripéties concernées (à ce jeu là, le twist du récent "Insaisissables" confinait au foutage de gueule pur et simple). Tromper sans tricher donc, soit une véritable gageure à une époque où le spectateur contemporain, habitué à regarder derrière le rideau  à force d'ingurgiter des films-concepts plus ou moins honnêtes dans ses ressorts narratifs, se montre de plus en plus difficile à amadouer.

Ainsi, ce n'est pas la moindre qualité de "Diversion" de réussir à renouveler les figures de style les plus éculées de ce type de récit. Conscientisant les ficelles convoquées sans avoir l'air d'y toucher grâce à une caractérisation  des personnages qui  puise sa subtilité dans la démarche résolument transgenre de Glenn Ficarra et John Requa (une constante du duo depuis "I love you, Phillip Morris"), "Diversion" réussit à anticiper en permanence les réactions du spectateur et de ses pulsions inquisitrices, à plus forte raison quand l'ambivalence du personnage principal annonce la couleur d'entrée de jeu. Toute la force du film réside ainsi dans cette capacité inouïe des deux  cinéastes à retourner à leur avantage  les capacités de déduction du public (parfois au détour d'un effet de réalisation faussement évocateur, où de l'usage paraphrasant d'une chanson) sans virer à la démonstration de force trop ostentatoire pour être honnête.

Pour cause, faisant une nouvelle fois preuve de l'amour porté à des personnages retranchés derrière le mensonge compulsif comme talisman au mal-être qui les ronge, les réalisateurs doublent leur démarche d'une fine étude de caractère qui pioche sa finesse dans la comédie romantique vintage. Une filiation assumée par un écrin esthétique magnifiant les états d'âmes des protagonistes (parfois au détour d'une expressivité des procédés presque anachronique, mais toujours juste) sans jamais tricher avec le spectateur pour le simple plaisir de la roublardise gratuite ; d'autant que les performances de haut vol de Will Smith (le torse à l'air la moitié du temps) et Margot Robbie (qui n'imite malheureusement pas son partenaire de jeu à cet égard) dessinent en permanence les failles qu'ils dissimulent derrière les postures réclamées par leur profession.

Dés lors, après un climax paroxystique intervenant à mi-métrage, on ne peut que regretter que les deux réalisateurs se reposent ensuite sur les acquis de leur brillante première partie. Comme si, intimidés par leur accomplissement, Ficarra et Requa n'osaient pas franchir la montagne deux fois, et se reportaient sur une dynamique de drame romantique plus conventionnelle, bien qu'extrêmement ludique de par l'expectative permanente dans lequel le binôme réussit à maintenir le spectateur. Mais même sans réussir à perpétuer tout à fait l'iconoclasme flamboyant de ses débuts (voir un dénouement en forme d'aveu d'échec à cet égard), l'empathie véhiculée par la trajectoire des personnages irrigue suffisamment les enjeux pour ne pas laisser le spectateur conquis sur le carreau. De fait, aussi sophistiqué que soit le dispositif de "Diversion", il n'est jamais que la porte d'accès vers le cœur de ses protagonistes. Ce qui constitue peut-être la marque de fabrique du duo Ficarra-Requa, et définit la place aussi précieuse qu'atypique occupée par leur cinéma dans le paysage contemporain.

Auteur :Guillaume Meral
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