Critiques

Divines : La critique du film

« J’espère qu’il ne reste plus rien de "Divines" en moi aujourd’hui. Pour moi c’était le film de la colère » s’exprime la réalisatrice Houda Benyamina, Caméro d’Or 2016 décerné au Festival de Cannes en poche. Divines, son premier long métrage, césarisé, nous emmène sans pincettes dans les cités françaises. Dounia et Maimouna, deux jeunes filles s’embourbent dans le dangereux milieu de la drogue.…

Dounia vit dans un camp de Roms avec sa mère. « T’y vas, t’attrapes le ténatos » : pas d’eau courante, la saleté, la précarité. Maimounia vit, elle, dans un petit appartement avec ses parents. Son père est l’imam du quartier, il prêche dans un sous-sol aménagé en paroisse. Toutes deux sont comme les doigts de la main, toujours fourrées ensemble. Une sincère et solide amitié qui vit intimement la peur, la joie, le doute. Mais pas l’amour, jardin qui restera secret pour l’une des deux protagonistes… Yeux grands ouverts, bouche bée, celle-ci observe ce qu’elle ne connaît pas : l’homme et la danse. La jeune femme à la façade impassible, assumée et combative, découvrira la douceur d’un autre, sa grâce et son attention.

"Divines" (distribué par Diaphana Distribution) n’est pourtant pas un conte de fée et le fait bien ressentir à son spectateur. Ni détour ni omission sur la violence des quartiers, ou plutôt des cités. La réalisatrice Houda Benyamina y est née, tout comme sa sœur qu’elle a choisi pour le premier rôle. Dounia est interprétée par Oulaya Amamra, elle aussi issue de Viry-Châtillon, dans l’Essonne en Île-de-France.

Une seule doctrine : l’argent
« Money money money », fanfaronne Dounia à mantes reprises. Dès les premières minutes, la violence verbale nous explose au visage lorsque Dounia hausse le ton avec irrespect et vulgarité face à sa formatrice avant de quitter la classe. Secrétaire, quel métier de merde. Elle, elle veut les billets de banque et les fringues de luxe.

Un seul moyen : le deal
« Tu m’as pris pour Pôle Emploi ou quoi ? », Rebecca est maîtresse d’un trafic de drogues bien huilé dans la cité. Elle ne lésine pas sur les perspectives de croissance de son business. Une règle à respecter si l’un de ses prétendus relais venait à être attrapé par les stups : « Une embrouille je vous connais pas, vous ne me connaissez pas ». Mais l’arrivée des deux copines dans les rails de la petite entreprise de Rebecca fera naître des tensions dangereuses et revanchardes.

Une seule philosophie : évincer la peur
« T’as du clitoris, j’aime bien », Dounia ne semble rien craindre contrairement à Maimounia. La haine déborde. Elle ne s’arrêtera pas, trébuchera, se relèvera sans cesse tant que la blessure n’atteint pas son cœur. Dès lors, tout déraille…

À travers les personnages, ce film nous interroge sur des enjeux philosophiques autant que sociétaux. Dans ce monde si noir et périlleux qu’apparaît celui du deal, la femme semble pouvoir y trouver avantage des hommes, en jouant de ses charmes. Dounia s’essaiera au jogging mais aussi à la robe satinée. Un gain de pouvoir et une réussite assurée par l’apparence et l’attrait sexuel. Triste réalité.

À travers le mystérieux inconnu qui fera baisser la garde d’une des deux amies, c’est la place de la culture dans les cités qui est interrogée. La danse et la musique classique : une honte pour certains, un art en proie aux moqueries, une forme d’expression pourtant vitale face à la violence de la vie. Autrement, un soupçon de critique du système peut être perçu : les quartiers y sont dépeints comme des zones isolées parfois impénétrées par les pompiers ou les forces de l’ordre.

On peut voir dans ce film un amas des problèmes de banlieues : la drogue, la précarité, la trahison et la violence. Une caricature pourrait-on lui reprocher. Mais plus que cela, Divines est un film lourd de sens et lourd de sentiments. Le jeu d’acteur nous prend aux tripes, les comédiens interprètent des personnages qu’ils pourraient connaître ce qui leur donne force et crédibilité.

Auteure : Léa Delaplace

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