Critiques

Divines : Un film qui a de la chatte !

Message d'avertissement : inspiré par le vent insufflé de sa géniale réalisatrice, cette critique risque d'être (encore) plus vulgaire que celles habituellement programmées. Amis bourgeois à la cervelle étriquée par la phallocratie s'abstenir.

Le premier long-métrage de Houda Benyamina a calmé la croisette, sec ! Et a remporté les suffrages sans que personne ne s'y attende vraiment. Il faut dire que cet énième récit de banlieusard rêvant de devenir Tony Montana ne laisse rien au hasard. À commencer parce que, pour une fois, Tony est une fille.

« Ce film n'était pas ce que j'attendais, je ne comprends pas l'éloge cannois… ». Voici ce que l'un de mes collègues critiques a murmuré sitôt l'écran noir de fin apparu. Évidemment, monsieur est blasé. Las de ces films prétentieux sur l'utopique « rise and fall » tout droit sorti des banlieues. Il faut dire que depuis toujours, c'est un créneau juteux. Un petit tout droit venu des HLM, pour sortir sa famille de la mouise financière, devenir un baron doux de la drogue dure, ou inversement. Certains réals, se pensant génies novateurs, choisissent cette même histoire avec une héroïne. Sauf qu'elle prendra des risques différents. En général, c'est sur le tapin qu'elle fait la loi et trouve de quoi faire manger les siens. Le génie de Houda Benyamina réside bien là. Avoir assez de couilles pour choisir cette même putain de storytelling avec une jeune fille, à peine sexuée. Et pas n'importe laquelle.

Oulaya Amamra est l'actrice idéale pour porter à l'écran les aspirations de sa réalisatrice. Avec son patois du 93, sa petite bouille de caillera au cœur tendre, on identifie forcément un visage connu à ce protagoniste écrit de la façon la plus impeccable qui soit. Il faut dire que son personnage, Dounia, à mi-chemin entre un roman de Virginie Despentes et le meilleur des films de Céline Sciamma, n'est pas exactement comme ses homologues masculins de chez Mathieu Kassovitz, pour ne citer que lui.

Âgée de seulement 15 ans, elle vit dans un camp de roms où la débrouille est un mantra de mise. Sa mère est une trainée au clito bien enflée par sa boulimie sexuelle mélangée à un fort attachement pour la boisson. Prisonnière de cette vie qu'elle n'a pas choisie, la gosse rêve, comme elle aime le dire pour faire jaser en classe de BEP, de « money, money, money ». Pour enfin vivre comme dans un clip de Booba, la miss devient dealeuse pour la caïd locale, qui, ô surprise, est aussi une femme ivre de pouvoir et d'argent facile. Of course, Dounia, malgré la capuche et les injures est comme toute adolescente et a son petit crush qui l'a rend délicieusement fragile. En l'occurrence, un vigile aspirant danseur au magnétisme qui sent la sueur. Pas désagréable.

Fable dystopique, ne vous attendez pas à une comédie légère au happy end facile et prévisible. "Divines" n'est pas non plus une leçon de vie, à la manière d'un « la drogue, c'est mal, m'voyez ». Plutôt le portrait d'une génération totalement désenchantée depuis déjà une belle paire d'années. Une tranche de vie troublante, excitante, lyrique. Les dialogues sont drôles, la violence est crue, les retournements sont cruels. Et surtout, toute cette ambiance tant malsaine que réelle ou presque est dominée par une bande… De filles. Et quelles filles !

"Divines" est sûrement ce qui se fait de mieux dans le petit monde opprimé du cinéma français en ce moment. "Divines" est un film qui a des couilles, grosses, dopées, velues. Que dis-je, de la chatte. Ou plus exactement : du clitoris. Comment conclure autrement ?

Auteure :Melissa Chevreuil
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