24 septembre 2020
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Do Not Disturb : Pari stupide

On n'est jamais mieux servi que par soi-même. Yvan Attal, privé de comédies par des scénaristes qui depuis longtemps n'ont décidé de n'exploiter de son talent que sa face obscure, s'est lancé dans la réalisation. Certes personne ne peut nier la puissance émotionnelle que peut dégager l'enfant de Tel Aviv dès lors que l'histoire nécessite un investissement puissant voire ravageur. Les bienheureux spectateurs qui l'ont vu dans «Rapt» ou «trente-huit témoins » pour ne citer que les films de Lucas Belvaux savent que sa présence bonifie le propos de l'auteur. Oui mais voilà un comédien exigeant a besoin d'exploiter à fond la défroque d'Arlequin. L'acteur n'est pleinement lui-même que dans l'abandon de sa propre identité. C'est pour ça, qu'Yvan Attal comme bien d'autres avant lui, est passé derrière la caméra afin d'explorer d'autres facettes de sa personnalité.Après deux films résolument autobiographiques, «ma femme est une actrice » et «ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants », il se lance ici dans une approche toute différente : l'adaptation d'un œuvre préexistante, en franglais, un remake. 

A l'origine existait « Humpday », objet filmique issu du cinéma américain indépendant à la sauce festival de Sundance, le petit village de l'Utah qui résiste à l'empire hollywoodien, à l'arrivée sort sur nos écrans ce long métrage foutraque, plein de bonnes idées mais pas vraiment abouti. Casser l'image de sa compagne, Charlotte Gainsbourg réincarnée en bisexuelle assumée, aux tatouages agressifs, transformer une bombe médiatique, Laetitia Casta, en bobonne petite bourgeoise qui naguère joua à touche pipi avec ses condisciples d'internat ou ironiser sur les codes de l'hétéro pur jus, autant de beaux moments jubilatoires et propres au divertissement. Parions, à ce propos, une petite pièce sur la scène en cellule de dégrisement où le couple Cluzet/Attal est rejoint dans leur interprétation a cappella de la chanson « Paroles, paroles » par un Joey Starr en pleine phase d'auto dérision : elle pourrait bien à l'avenir devenir culte. Par contre, freiner des quatre fers et retomber en fin de spectacle à une normalité bien conventionnelle peut donner le sentiment aux spectateurs d'assister à un acte manqué. 

Dommage car la dernière partie du film, ce huit clos pathétique, avec pour seul cadre dérisoire une sordide chambre d'hôtel bon marché, tirait le propos vers une gravité insoupçonnable au départ. Preuve s'il en est que le talent de François Cluzet est indéniable et que sa popularité, tardive, mais au combien réelle, n'est en rien usurpé. Quant à « Do not disturb » il a tout du coitus interromptus, salvateur si les partenaires ne veulent pas laisser de fruits, mais pas vraiment productif à plus ou moins long terme. 
Auteur :Régis Dulas
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