27 octobre 2020
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Domino : La critique du film

Etonnant de voir que l'affiche de Domino n'indique pas qu'il s'agit d'une histoire inspirée d'un fait réel. Cet argument de vente est pourtant l'un des préférés des distributeurs. Domino est donc l'adaptation de la vie de Domino Harvey, fille de l'acteur Laurence Harvey, vu notamment au côté de Franck Sinatra dans Un crime dans la tête. La jeune demoiselle entame une carrière de mannequin avant de changer de vie. Elle devient chasseur de primes. Et meurt finalement d'une overdose en juin dernier. Pas de chance ! Elle ne verra pas sa vie s'étaler sur grand écran.

Domino, c'est donc cela. Une jeune femme de bonne famille, incarnée par la belle Keira Knightley, devient chasseur de primes. Sur une ligne de scénario aussi étroite, le réalisateur Tony Scott brode tout un tas de récits secondaires et autant de personnages. Résultat : un cauchemar pour le spectateur peu attentif ! Il faut suivre pas à pas, action après action Domino et sa fine équipe de malfrats. S'il on suit le déroulement du film, s'il on ne s'égare pas dans les méandres du scénario signé Richard Kelly (Donnie Darko), l'œuvre de Tony Scott divertit parfaitement. Elle divertit autant que ses précédentes productions, autant que True romance, autant qu'Ennemi d'Etat, autant que Top Gun. Tony Scott n'a jamais signé de chef d'œuvre, de film art et essai.

Est-il pour autant un réalisateur mineur ? Non, car réaliser un bon film d'action, ni trop bête, ni trop bâclé, n'est pas donné à tout le monde. Tony Scott, frère de Ridley, est « un esprit punk rock qui se dissimule pour des besoins marketing mais qui est toujours là néanmoins » remarque justement son scénariste. Preuve à l'appui : Spygame. Associer Brad Pitt et Robert Redford dans un film d'action devait nécessairement déboucher sur un face-à-face explosif. Non, Tony Scott choisit de confier la narration à Redford et de placer Brad Pitt à un tout autre niveau du scénario évitant ainsi l'attendu. De même pour Domino. Tout se raconte en flash-back : Keira Knightley se livre à Lucy Liu et se souvient autant de la nuit précédente que de la complicité passée avec son père. Un enchâssement des récits astucieux. Astucieux mais lourdement utilisé durant les 120 minutes du récit. Il faut donc beaucoup de concentration pour ne pas se perdre, pour ingurgiter les histoires de chacun.

Même s'il a jadis travaillé avec Tarantino (True Romance), Tony Scott n'a pas son talent pour s'amuser à brouiller les niveaux de l'intrigue. La réalisation de l'ensemble est d'ailleurs symptomatique de cette lourdeur. Domino ressemble grandement à un clip musical avec filtres de couleur sur l'image, brefs ralentis et montage épileptique. Trop, c'est trop ! L'esprit punk-rock de Tony Scott est peut-être toujours présent mais bien caché. Domino semble paralysé par le classicisme des scènes d'action (que les fans du réalisateur apprécieront tout de même) et l'originalité mal dosée de la narration. Il faut alors chercher l'innovation du côté de l'humour : un humour grotesque, au sens noble du terme, qui donne à deux anciens acteurs de la série phare des années 1990, Beverly Hills 90210, la chance de se montrer à nouveau et de prouver qu'ils ne sont pas morts. Domino aura au moins servi à cela !
Auteur :Matthieu Deprieck
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