18 septembre 2019
Critiques

Dracula Untold avec Luke Evans : La critique

Il ne s'écoule jamais beaucoup de temps avant que Dracula ne refasse surface au cinéma, mais si l'on excepte la tentative anachronique de Dario Argento ("Dracula 3D"), le personnage s'est fait, ces dernières années, plutôt discret sur grand écran.

Voilà qu'Universal, soucieuse d'exploiter son catalogue de monstres qui lui a porté chance depuis le début des années 30, décide de le remettre sur le devant de la scène. Exit la suavité désuète de Bela Lugosi, bonjour la virilité métrosexuée de Luke Evans, les temps changent, tout se perd…

Pourquoi, je vous le demande, pourquoi prendre une base historique si c'est pour l'ignorer ? Car c'est ce que fait "Dracula Untold", il prétend se baser sur l'histoire véritable de Vlad l'Empaleur, voïvode de Valachie jusqu'en 1476, pour la lier avec la légende qu'a créé Bram Stoker autour du personnage. Autrement dit, comment Vlad Tepes est devenu Dracula ?  Une question passionnante, suivie d'une réponse qui sent le moisi.

Ne nous embêtons pas à relever chaque inexactitude historique, car le film visiblement ne cherche pas à apprendre quoique ce soit à son public potentiel, il se contente d'inventer des personnages plutôt que de faire intervenir les figures existantes. Ainsi la femme du prince valaque s'appelle Mirena, pourquoi ? Choisir parmi les deux épouses du personnage n'était pas satisfaisant, il fallait en inventer une troisième…

Nulle mention n'est faite du frère de Vlad, Radu, qui choisit de rester chez les turcs, alors que tout le film tourne autour du fait que Vlad, enfant a été envoyé comme otage princier et élevé selon les préceptes de l'empire Ottoman. L'antagonisme des deux frères aurait pu donner lieu à un récit bien plus intéressant que cette pantalonnade non-sensique.

On assiste avec "Dracula Untold" plus qu'à la déchéance d'un héros national vers la monstruosité au grand drame des réécritures successives. En effet, le projet traine depuis 2007, d'abord confié à Alex Proyas sous le titre "Dracula : Year Zero", et n'a cessé de changer de main depuis, ce qui a considérablement du altérer l'ambition initial du projet.

Nanti d'un casting qu'on qualifiera de « par défaut », sans éclat, fonctionnel et à peine dirigé, "Dracula Untold" n'offre même pas un spectacle divertissant. Ni surprise ni émotion, tout ce que l'on pourrait ressentir, les personnages l'évoque tout haut, comme si un scénariste stagiaire trop fier de ses répliques leur forçait le passage à travers la bouche des acteurs. Les choix de mise en scène sont au mieux platement fonctionnels, au pire incompréhensible d'absurdité, et que dire de la narration qui donne l'impression de feuilleter une BD en accéléré : 1h32, un format beaucoup trop court pour un film se voulant aussi démesurément épique.

On aurait pu espérer quelques bonnes surprises tout de même alors qu'on aperçoit l'immense Charles Dance dans le rôle du vampire originel, maquillé à la Nosferatu et qui a pour nom… Caligula… Quoi ??? On ne se consolera pas plus en apercevant Jakub Gierszal ("All That I Love", "Suicide Room"), jeune acteur polonais, réduit à une figuration indigne de son talent.

Rien ne réchappe de cette soupe pseudo-historique qui ne se donne même pas la peine de respecter les descriptions stockeriennes… c'est vrai quoi, Stoker c'est vieux… ce n'est pas comme si c'était lui qui avait donné à Vlad l'Empaleur la notoriété qui est la sienne aujourd'hui en écrivant ce qu'Oscar Wilde a qualifié de « plus beau roman du siècle ».

On ne peut que s'alarmer du fait que cette version catastrophique du mythe soit celle avec laquelle Universal souhaite rebooter sa série de « classic monsters », en confiant, on le sens gros comme un château des Carpates, chaque réalisation à un petit faiseur sans idées, sans visions, qui ne posera pas de questions.

On aurait retrouvé récemment la tombe de Vlad l'Empaleur, il serait intéressant de l'ouvrir pour voir s'il n'est pas couché sur le ventre, parce que ce film aurait été une bonne raison pour lui de se retourner dans sa tombe…

Auteur :Gabriel Carton
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