25 octobre 2020
Critiques

Drunk : La critique du film

Par Thumette Frélaut


Vingt deux ans après le célèbre "Festen", (prix du jury au festival de Cannes en 1998) le réalisateur danois Thomas Vinterberg fait son retour avec "Drunk", une comédie dramatique qui nous plonge dans les conséquences de l’ébriété et de l’addiction. Distribué par Haut et Court ce 14 octobre et en sélection officiel de Cannes, Drunk sera vous surprendre par son histoire singulière.

"Drunk", c’est avant tout une amitié entre quatre professeurs danois qui souhaitent mettre en pratique une théorie d’un psychologue norvégien, Finn Skarderud, qui prédit que chaque humain, dès la naissance, présenterait un déficit d’alcoolisme qui comblerait son plaisir. Les quatre amis (professeur de musique, psychologie, histoire et sport), à la vie ordinaire et morose, décident de tester cette théorie afin d’assouvir leur confiance en eux.

Trop beau pour être vrai ?

Dès le début, la jeunesse et l’épanouissement nous saisissent, si bien que lorsque les protagonistes apparaissent, le vide de leur vie nous donne le spleen. La théorie que s’apprête à appliquer les quatre amis en question est de boire comme Huysmans le faisait, la journée uniquement avec une dose précise. C’est donc pendant leurs heures de travail que cette pratique devient de plus en plus régulière.

Les premiers effets sont encourageants. Ils poursuivent ainsi leurs exercice avec application et une grande rigueur. Toutes leurs insécurités sont donc éclipsées, leurs cours sont plus vivants, ils reprennent goût à leur vie, et se sentent libérer d’un poids Seulement, plus les résultats sont probants, plus l’alcool coule à flot et cela au risque de lourdes conséquences.

Martin, interprété par Mads Mikkelsen nous délivre une superbe performance d’acteur, qu’il balance entre un personnage plus que déprimé à celui d'un professeur dynamique que l’on peut clairement comparer au jeu de Robin Williams dans "Le Cercle des Poètes Disparus". Ce dernier dans "Drunk" est le plus atteint par cette terrible dépression. En effet, c’est le seul, au premier abord, à ne pas boire une goutte d’alcool, ce qui laisse un avantage à ses camarades qui peuvent alors se créer des bulles de plaisir.

Un cynisme encourageant

Cette ivresse peut vite déboucher sur un aspect moralisateur. L’enjouement des acteurs est si fort face à l’alcool qu’il joue le même rôle qu’un anesthésiant. C’est ici que l’on perçoit tout le génie de la réalisation, du montage et du jeu d’acteurs, qui mettent très bien en scène les effets ravageurs de l’alcool, les états de trans qu’on les buveurs et les comportements du quotidien. "Drunk" est alors un film tourbillonnant dans le jeu des lumières, dans des plans ou l’on se saisit des émotions, et surtout dans l’utilisation d’une musique lyrique et classique envoûtante. Cette harmonie épousera les moments, les actes et les gestes des hommes sous influence.

Tous ses éléments regroupées formeront le climax du film qui se caractérise par plusieurs scène de la vie quotidienne des quatre professeurs. La scène d’entraînement au cours de laquelle le coach Thomas insiste pour que ses élèves s’hydratent au même moment où lui boit dans gourde transparente une substance que l’on devine alcoolisée. Un enfant n’ayant pas d’eau demande si il peut donc boire dans la sienne, Thomy, quelque peu gêné, lui donne la gourde d’un de ses camardes à la place. C’est par cette scène très cynique que l’on prenne du recul sur ce qui nous faisait rire et intervient alors le contre-coup de "Drunk".

Cette descente, moins brute et douloureuse que l’on peut s’imaginer, n’est pas à proprement une «descente» aux enfers. Effectivement le personnage de Mads Mikkelsen étant au centre du film, il évite doucement la chute et arrive à se désaccoutumer de l’ivresse suite à un électrochoc lorsque un de ses enfants le voie en piteuse état suite à une cuite de la veille. Au contraire, cette déchéance est très présente chez Thomy même si on verra pas explicitement comment il se sort de ce terrible piège. De même pour les deux autres personnages. Avec cet éventail d’acteurs et de scènes similaires, mais aux réactions opposées, "Drunk" permet finalement aux spectateurs de mieux basculer dans la dure réalité du film.

On ne saura trop vous conseiller de vous rendre dans les salles obscures (en journée désormais et pour quelques semaines) pour y visionner ce tourbillon d’humanité...

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