28 octobre 2021
Critiques

Drunk : Tourbillonnant

Par Thumette Frelaut

Vingt deux ans après le célèbre "Festen", (prix du jury au festival de Cannes, en 1998) le réalisateur danois, Thomas Vinterberg, fait son retour avec "Drunk". Une comédie dramatique qui nous plonge dans les conséquences de l’ébriété et de l’addiction. Distribué par Haut et Court, et repris au cinéma à partir du 19 mai suite à la crise sanitaire. Il faut rappeler que le film fut présenté en en sélection officielle à Cannes en 2020 avant d'obtenir le César du Meilleur Film Etranger, au Printemps dernier. "Drunk" saura vous surprendre par son histoire singulière.

"Drunk", c’est avant tout une amitié entre quatre professeurs danois qui souhaitent mettre en pratique une théorie d’un psychologue norvégien. Finn Skarderud prédit, en effet, que chaque humain, dès la naissance, présenterait un déficit d’alcoolisme qui comblerait son plaisir. Les quatre amis (professeur de musique, de psychologie, d'histoire et de sport), à la vie plutôt ordinaire et morose, décident de tester cette théorie afin d’asseoir leur confiance en eux.

Trop beau pour être vrai ?

Dès le début, lorsque les principaux protagonistes du film apparaissent, le vide de leur vie nous donne le spleen. La théorie que s’apprête à appliquer les quatre amis en question est de boire comme Huysmans le faisait, la journée uniquement, avec une dose bien précise. C’est donc pendant leurs heures de travail que cette pratique devient de plus en plus régulière. Les premiers effets sont encourageants. Ils poursuivent ainsi leurs exercice avec application et une grande rigueur. Toutes leurs insécurités personnelles sont progressivement éclipsées. Leurs cours sont plus vivants, ils reprennent goût à la vie et se sentent libérer d’un fardeau. Seulement, plus les résultats sont probants, plus l’alcool coule à flot et cela au risque de lourdes conséquences sur leur santé.

Parmi ces quatre soiffards invétérés, Martin, interprété par Mads Mikkelsen nous saisit par une superbe performance d’acteur. Ce dernier fait balancer entre un personnage plus que déprimé à celui d'un professeur dynamique que l’on peut clairement comparer au Robin Williams du "Cercle des Poètes Disparus". En effet, Mikkelsen, dans "Drunk", est le plus atteint par cette terrible dépression. Il est le seul, de prime abord, à ne pas boire une goutte d’alcool avant d'entamer cette bien curieuse cure. Ce qui laisse un avantage à ses camarades qui peuvent alors se créer des bulles de plaisir.

Un cynisme encourageant ?

Toutefois, cette ivresse entretenue peut vite déboucher sur un aspect inattendu. L’engouement des principaux personnages vis-à-vis de l'alcool est si fort que ce dernier se mue en un puissant anesthésiant. C’est ici que l’on perçoit tout le génie de la réalisation de Thomas Vinterberg. D'abord du montage et du jeu d’acteurs, qui mettent très bien en scène les effets ravageurs de la boisson consommée à haute dose. Tout comme sont très bien dépeints les états de trans qu’ont nos amis buveurs et les dérives de de leurs comportements au quotidien. "Drunk" devient alors un film tourbillonnant dans le jeu des lumières. Dans des plans ou l’on se saisit des émotions, et surtout dans l’utilisation d’une musique lyrique et classique envoûtante. Cette harmonie épousera les moments, les actes et les gestes de ces quatre hommes sous influence.

Tous ses éléments regroupés formeront le climax du film qui se caractérise par plusieurs scène de la vie quotidienne des quatre professeurs. Telle la scène d’entraînement au cours de laquelle le coach, Thommy, insiste pour que ses élèves s’hydratent au même moment où lui boit. Dans sa gourde transparente, une substance que l’on devine alcoolisée. Un enfant n’ayant pas d’eau demande s'il peut donc boire dans la sienne. Thommy (joué par Thomas Bo Larsen), quelque peu gêné, lui donne la gourde d’un de ses camarades à la place. C’est par cette scène très cynique que l’on prend du recul sur ce qui nous faisait rire...

Intervient le contre-coup de "Drunk". Cette descente, moins brute et douloureuse que l’on peut s’imaginer, n’est pas à proprement une «descente» aux enfers. Effectivement, le personnage de Mads Mikkelsen étant au centre du film, il évite doucement la chute fatale et arrive à se désaccoutumer de l’ivresse. Cela suite à un électrochoc lorsqu'un de ses enfants le voit en piteux état suite à une cuite monstrueuse. Comment se sortira-t-il de ce terrible piège ? Voilà qui n'est nullement expliqué dans le film. De même, pour les autres personnages.

Avec cet éventail d’acteurs et de scènes similaires, mais aux réactions finalement opposées, "Drunk" permet finalement aux spectateurs de mieux basculer dans la dure réalité du film. Aussi, on ne saura trop vous conseiller de découvrir ce formidable tourbillon d’humanité...

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