15 décembre 2019
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Ecrire pour exister : Version romancée…

Adapté d'une extraordinaire histoire vraie » scande fièrement la bande annonce… « Ecrire pour Exister » est donc une énième version hollywoodienne (et donc très romancée) du parcours d'une jeune prof idéaliste qui a su redonner espoir à une communauté déchirée par la violence et la haine. Sur le papier, tous les éléments pathos sont réunis pour une célébration digne et ennuyeuse des valeurs de l'intégration aux USA, un pays où finalement où tout le monde a sa place. A l'écran, le film n'évite pas les maladresses mais reste digne d'intérêt grâce à la justesse des jeunes acteurs associée à la sincérité évidente du projet.

Los Angeles, milieu des années 90. L'affaire Rodney King a dopé les tensions entre communautés. De terribles émeutes ont secoué la cité des anges. La guerre des gangs atteint des sommets de barbarie et les statistiques d'agression s'envolent. Au cœur de ce climat détestable, une jeune professeur blanche issue d'un milieu bourgeois débute sa carrière dans un lycée en pleine dérive. Entre des élèves largués et des collègues démotivés, Erin Gruwell (interprétée par la craquante Hilary Swank) aura fort à faire pour vaincre les maux du ghetto. Ces méthodes pédagogiques exceptionnelles donneront de surprenants résultats et aboutiront à la publication d'un livre en 1999, le « Freedom Writers » du titre anglais.

Le sujet n'est pas neuf et la distribution du film par la filière cinéma de MTV n'incite pas à la confiance puisqu'elle tend à montrer que le projet semble majoritairement se destiner à un public adolescent. On pense évidemment à « Boys'n the hood » pour le portrait d'une jeunesse désespérée et surtout à « Coach Carter » pour les valeurs d'intégration par le mérite. La prouesse intellectuelle remplace ici l'exploit sportif mais là où « Ecrire pour Exister » marque des points, c'est dans sa vision quasi documentaire des quartiers pauvres de L.A (qui, faut-il le rappeler, est une des mégalopoles qui concentre le plus de richesses sur la planète). A travers les confessions en voix off de quelques élèves, le script parvient à balayer les principaux cancers qui gangrènent les ghettos américains : racisme, explosion de la cellule familiale, violence compulsive, prostitution.

Le cœur de cible étant jeune, le traitement de ces sujets reste malheureusement trop sage. Par exemple, le film ne fait que survoler les processus de formation des gangs où les jeunes recrues sont baptisées dans un déluge de violence afin de les habituer « à supporter la douleur. » « On se bat pour notre Amérique » dit d'Eva, l'un des personnages les plus marquants de la classe d'Erin, définissant ainsi une notion de territorialité qu'on aurait voulu mieux développée. L'ensemble empreinte également de prodigieux raccourcis à travers quelques ellipses qui nuisent souvent à la progression dramatique.

Reste plusieurs scènes fortes et un parallèle plus qu'intéressant entre le phénomène de gang et le nazisme décrit par la prof comme « le gang ultime ». Au contact du « Journal d'Anne Frank », l'éveil des élèves à une vérité qui dépasse le cadre de leur ghetto parait certes un peu facile mais « Ecrire pour Exister » a au moins le mérite de montrer la face lumineuse d'une communauté américaine souvent réduite à des clichés hargneux marqués par la violence.

Ainsi, armé de sa morale positive, le film de Richard LaGravenese agacera sûrement les septiques mais pourrait aussi faire réfléchir les autres sur les moyens de sortir du cercle vicieux pauvreté / délinquance / violence par la prévention. Et c'est déjà pas si mal.
Auteur :Frédérick Lanoy
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