27 juillet 2021
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Effroyables Jardins : Touchant

Jean Becker, le réalisateur de "L'été Meurtrier" et d'"Elisa", a décidé d'adapter le court roman à succès Effroyables Jardins, de l'écrivain lillois Michel Quint. Pour incarner ce personnage simple mais pittoresque rattrapé par les affres de la guerre, Becker a une nouvelle fois choisi Jacques Villeret (et qui d'autre mieux que lui pouvait l'interpréter ?) déjà en tête d'affiche dans "Les Enfants du Marais" et "Un Crime au Paradis". Deux histoires où le thème de l'amitié était déjà présent, dans des paysages campagnards bien marqués. Comme dans cet "Effroyables Jardins" où l'on suit le destin de quatre hommes attachés à leur village et qui y vivront l'expérience la plus édifiante de leur vie.

Villeret, il est vrai, est une des rares « gueules » dans le paysage cinématographique français à pouvoir représenter avec autant de crédibilité un personnage campagnard, bon vivant, naturel et modeste mais moins bête qu'on ne l'imagine, sans le confiner au ridicule. Ainsi, l'esprit des derniers films de Jean Becker reste vivace, surtout dans la première partie du film, qui n'est pourtant pas la plus réussie. Le côté rural de cette bonne vieille France où il fait bon vivre en irritera plus d'un quand il ravira les nombreux spectateurs séduits par "Les Enfants du Marais". Il y a du « c'était mieux avant » dans l'air (même si la guerre n'était pas spécialement une tendre époque) : le débat sur les réacs sera relancé. Il n'empêche, le traitement de cette époque est sincère, même si le climat reste parfois trop gentillet.

Aussi, c'est avec surprise que l'on découvre une deuxième partie plus sombre, plus poignante, en un mot bouleversante. Lorsque le protagoniste et narrateur (André Dussollier, maître de la voix off) en vient à l'évocation de leur expérience commune en tant qu'otages, tournant décisif dans leur vie comme dans le film, "Effroyables Jardins" prend une autre dimension. Entre rire et larmes (que vous aurez du mal à retenir), les thèmes de la mort, l'amour, l'amitié et les rêves y sont évoqués. Un moment de métaphysique grave et léger à la fois, quasi irréel, où l'on découvre, si l'on ne s'en était pas déjà rendu compte, que « la dérision en toute chose est l'ultime défi au malheur ».

"Effroyables Jardins" n'est, certes pas, un des films les plus aboutis de Jean Becker, mais il saura vous toucher grâce à de très beaux moments de cinéma. 

Auteur :Alessandro Di Giuseppe
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