16 octobre 2021
Critiques

Eiffel : Le symbole de l’amour

Par François Bour

"Eiffel" est un film ambitieux. Le long-métrage avec Romain Duris dans le rôle de Gustave Eiffel illustre non pas une mais deux histoire. Celle d'une tour qui deviendra symbole, celle d'un homme presque ordinaire. Deux récits qui s'entremêlent mais qui sont, au final, assez inégaux. A l'image d'un film qui n'est pas mauvais, sans être particulièrement bon.

"Eiffel" n'est pas un projet récent. Ce qui est raccord avec son sujet. Annoncé comme le premier biopic consacré à Gustave Eiffel, le film de Martin Bourboulon affiche presque l'ambiguïté dans son titre. C'est une adaptation libre de faits réels. Là est toute l'ambiguïté. Pour qui suit la promotion autour du film, c'est la construction de la tour la plus célèbre du monde qui est mise en avant. Reportage sur le tournage à l'appui avec ce fameux décor où une partie de la tour est reproduite à l'échelle humaine.

C'est beau , c'est lourd

Le réalisateur des deux comédies "Papa ou Maman" a souhaité se lancer dans le grand spectacle avec une reproduction du Paris des années 1880. Une association de décors réels et d'effets numériques réussis et, là encore, ambitieux. Il faut le dire, Eiffel est un film visuellement réussi avec une reconstitution d'époque qui joue son rôle immersif. Mais l'aspect le plus ambitieux du film n'est pas du coté de l'image.

Le scénario de "Eiffel" et son déroulé pèsent lourd. Bien sur, pas autant que la tour elle même mais tout de même. Avoir un scénario aussi solide que du métal est plutôt bon signe pour un film. Or ici, l'ambition de la scénariste Caroline Bongrand est à la hauteur de son attente pourvoir son scénario à l'écran. Sa première mouture date de 1990. Alors ce n'est ni plus ni moins qu'un récit construit sur deux étages qui est proposé. Une petite histoire passionnelle dans une grande histoire symbolique. "Eiffel" est donc à la fois centré sur la construction de la tour mais aussi sur une histoire personnelle de son ingénieur. Il suffit de voir une des affiche du film pour comprendre. Celle montrant un couple dansant sur l'armature de la tour. Trois personnages principaux, deux histoires, deux espaces temps aussi, dans une retranscription d'époque.

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Romain Duris et Emma Mackey - Copyright VVZ Production - Pathé Films
C'est un équilibre précaire 

36 semaines. C'est le temps nécessaire au montage de "Eiffel". Difficile de trouver, en effet, l'équilibre. Logique sur un monument comme la Tour Eiffel. Logique aussi compte tenu des récits qui s'entremêlent et des différentes périodes de l’histoire d’amour et la construction de la Tour. "On avait de belles images, des acteurs magnifiques, des scènes très réussies, mais l’histoire ne fonctionnait pas encore, la magie de l’émotion n’était pas encore assez présente", se remémore Martin Bourboulon.

C'est justement sur ce point que le film manque d'impact. Les moments consacrés à la construction amènent trop peu de frissons, de tension et une trop rare émotion. L'histoire d'amour, elle, est racontée de façon trop didactique par des ellipses dans le passé. Le jour où Gustave Eiffel annonce son projet il retrouve une femme de son passé. C'est donc entre moments du passé justifiant le présent que cette histoire va être déroulée. Avec en parallèle la Tour. C'est lisible mais l'émotion manque.

"Eiffel" est un film intéressant mais frustrant. La construction de la Tour n'est qu'une partie de l'histoire. Alors qu'elle aurait pu occuper plus d''espace. Le biopic consacré à Gustave Eiffel et à ses amours aurait peu donner lieu à un drame romantique historique poignant. Il ne s'agit ici que d'un homme tiraillé entre l'œuvre d'une vie et sa vie amoureuse.

C'est l'amour

Le potentiel est bien là et le film n'est pas mauvais. En grande partie d'ailleurs par la juste interprétation de Romain Duris. L'acteur est, en toute logique, presque de tous les plans et c'est une bonne chose. Sa partenaire à l'affiche Emma Mackey est, elle, surprenante. La jeune ado de la série "Sex Education" se transforme en gente date parisienne. Un éloignement du rôle qui l'a fait connaitre. Alors oui, la différence d'âge entre les deux acteurs complique la transposition du public. C'est déjà souligné dans la presse. Romain Duris a 47 ans, Emma Mackey est une femme de 25 ans certes.  Face à la caméra, l'acteur et l'actrice ont du talent et cette différence s'estompe. Il est d'ailleurs dommage que leurs personnages soient en bataille avec la Tour.

"Eiffel" est un film mettant en scène un Gustave Eiffel qui regarde son œuvre et la femme de sa vie de la même manière. Un homme qui est tiraillé entre deux amours comme le film est lui même imbriqué dans deux histoires. Un choix offrant un récit riche et bien illustré pour être un film agréable. Pour autant, ce qui est évoqué est non seulement un des symboles de la France, mais aussi un vecteur d'émotions pour plus de 300 millions de personnes depuis sa création. Or l'émotion, c'est justement ce qui manque cruellement à "Eiffel".

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