21 octobre 2020
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Elle s’appelle Ruby : Pygmalion

A la sortie du second long métrage du duo Jonathan Dayton/Valérie Faris, les auteurs à succès du surcoté « Little Miss Sunshine », énième road movie où la sympathique trombine de l'héroïne, Abigail Breslin et un flot écoeurant de bons sentiments tenaient lieu de centres d'intérêt, le spectateur lambda avait l'étrange impression d'être passé tout près d'un film marquant. Et pourtant, c'est la déception voire la colère qui, in fine, l'emporte. Six ans pour faire fructifier le succès de leur premier film, c'est suffisant pour peaufiner un sujet qui tienne ses engagements, non ? Or il n'en est rien.

D'un sujet en or -le créateur voit sa créature de fiction devenir réelle- la scénariste qui interprète également le rôle-titre n'en tire jamais la substantifique moelle. La petite fille d'Elia Kazan, l'inoubliable metteur en scène du « Dernier Nabab » ou de « La fièvre dans le sang » se contente d'accumuler les poncifs de la comédie à la sauce hollywoodienne, en laissant volontairement tomber les multiples possibilités induites par son postulat de départ. Peu convaincante en écrivain, Zoë n'est pas incontournable non plus en tant qu'interprète. Sans faire preuve de goujaterie, reconnaissez avec moi qu'il est difficile d'imaginer cette petite rousse banale dans la peau d'un fantasme sexuel !

Mais revenons à notre histoire. Le romancier, Dieu tout puissant, pourrait multiplier les possibles, mais dans cette pochade, rien ou presque. Faire sauter sur place sa créature ou l'affubler d'un mauvais français, le moins que l'on puisse dire, c'est que notre littérateur a l'imagination peu fertile. Pas étonnant de le voir sécher sur sa copie ! Il faudra attendre le dernier quart d'heure avant d'assister à l'emballement de la machine ; et là le sujet se révèle enfin dans toutes ses dimensions, humoriste mais aussi anxiogène, trop peu, trop tard. Jusque-là le spectateur avait dû se contenter d'un mauvais décalque de « Cinq cents jours ensemble », la jubilatoire comédie romantique avec Joseph Gordon Levitt, puis de « Mon beau-père, mes parents et moi » avec Antonio Banderas en lieu et place de Dustin Hoffman. Pas sûr que ce portrait de vieux baba cools, cent fois décrit déjà fasse avancer le schmilblick. Preuve par l'absurde qu'un synopsis de valeur n'engendre pas forcément un scénario en béton, ni un film remarquable.
Auteur :Régis Dulas
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