9 décembre 2019
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Embrassez qui vous voudrez : Une comédie sans pitié

Le casting du dernier film de Michel Blanc, "Embrassez qui vous voudrez", est impressionnant, véritable panoplie d'acteurs doués pour une comédie sans pitié.

Adaptation libre du roman Vacances anglaises, de l'anglais Joseph Connoly, le dernier opus du comédien réalisateur nous livre une galerie de portraits aussi croustillants que déglingués. Cinq couples (dont Coureau / Elbaz, Bouquet / Blanc, Viard / Podalydès…) soit dix personnages principaux, mais également des personnages périphériques telle la secrétaire de Dutronc (un rôle ambiguë et troublant) vont nous faire partager une période bénie entre toutes : les vacances.

La plupart se retrouvent au Touquet (au Westminster notamment, on ne rigole pas…), notamment Elisabeth (Charlotte Rampling) séparée de son mari, homme d'affaires désabusé resté à Paris (Jacques Dutronc), et de sa fille Emilie (Lou Doillon), préférant convoler à Chicago avec un des employés de son père (Sami Bouajila). Elisabeth n'est cependant pas esseulée puisqu'elle part avec une amie Julie (Clotilde Coureau) flanquée de son braillard (comprenez bébé), et sera rejointe par un couple d'amis ruinés : Véro et Jérôme (respectivement Karin Viard et Denis Podalydès).

Le nombre important de protagonistes donne un coté vaudevillesque à "Embrassez qui vous voudrez". La construction du récit est agencée autour de quiproquos et le comique naît alors de situations rocambolesques, où les petites misères des uns et des autres alimentent un noyau général. On peut signaler le dialogue entre Michel Blanc et Carole Bouquet autour « des bonbons à la menthe ». La discussion s'anime et prend au fur et à mesure une tournure aussi effrayante que désopilante : le mari jaloux devient ridicule et proche de la folie. La mécanique est bien huilée mais on ne sait plus de quelle couleur on rit.

En effet, si Michel Blanc use du comique de situations, le fond reste noir. Le ton est grinçant, les « héros » sont tous allumés. Des couples qui n'en sont plus, des femmes mal aimées, trop sages ou parfaitement délurées. Les phobies et autres névroses se partagent le devant de la scène : il y a la nympho qui abandonne son bébé (insupportable par ailleurs), le fourguant à une Karin Viard devenue gaga faute d'avoir su faire le deuil de son enfant perdu, la bourge décalée (Rampling, la grande classe) qui a «  absolument besoin de son break » ou encore le mari jaloux qui devient fou (Michel Blanc qui ne s'octroie pas le rôle le plus facile) ; la galerie est haute en couleurs.

Paradoxalement le film ne veut pas figer les protagonistes dans la caricature : les caractères sont soulignés, mais Michel Blanc ne cherche pas non plus à en faire des archétypes. Il nous fait rire en épinglant leur travers mais sait aussi les rendre attachants en appuyant leurs faiblesses, rendant ces personnages plus proches de nous. D'autant que le ton toujours juste et les dialogues souvent brillants laissent au spectateur le soin d'appliquer la lucidité de certains personnages à lui-même. Avis aux amateurs. 

Auteure :Carole Bernard
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