20 novembre 2019
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Emprise : Le film qui tue !

Un homme (Mathew McConaughey) va au FBI pour dénoncer son frère qui ne serait rien d'autre que le tueur qu'on appelle "la main de Dieu". Le film devient en grande partie l'histoire que cet homme raconte à l'enquêteur (Powers Boothe). De son titre original, "Frailty", en français "fragilité", ce film n'en garde pas beaucoup. Aux antipodes de ce titre, on retrouve un film avec peu de sensibilité, peu de tact. Et d'ailleurs, qu'y a-t-il de plus grossier qu'un menu bien gras au cinéma ?

Ici, c'est à vous de choisir votre sauce : l'histoire d'un père de famille traumatisé (ou devenu fou, encore à vous de choisir) par la mort de sa femme, et qui dit à ses deux enfants que, désormais, ils éxecuteront la volonté de Dieu (qui est venu lui parler au moins dix fois déjà) en tuant des démons (il a même une liste "noire" bourrée de gens, hô hô...) en tuant des démons forcément méchants ; une histoire qui va s'embourber  frénétiquement dans les abîmes du "flashback dans le flashback, qui lui même est dans le flashback".

Mais, c'est alors que, au beau milieu de cette histoire manichéenne, le père n'est plus du tout présenté comme un homme qui oblige ses enfants à participer aux tueries, cristallisant le malaise familial du a un traumatisme antérieur (ici la mort de sa femme), mais comme un héros de Dieu qui a bien raison de remonter les bretelles aux méchants et de leur appliquer la peine de mort.

C'est bien justement là que réside le problème du film : alors qu'on prend la tangente tragique du fou incompris au départ, on nous dit que ce pauvre gars était vraiment un messager divin (prêcher la bonne parole à la hache, du jamais vu), pour arriver enfin à un retournement, digne du plus débile des teen movies ("cursus fatal", "destination finale" ... et j'en passe.).

En effet, comme le dit Powers Boothe à la fin (son personnage du moins), "arrête tes conneries peu importe qui t'est, qu'on en finisse". C'est bien précisément la pensée du spectateur dans la salle, qui, depuis le début, se fichera totalement de savoir si le tueur est vivant; mais qui retiendra surtout avoir vu une panégyrie retranscrite à l'écran, de tout ce qui est décapitation, vengeance "divine" ; oeil pour oeil, dent pour dent... (avec la super référence biblique inutile en plein point de rupture du film : ô Abraham...).

Emprise : Et Bill Paxton (l'acteur-réalisateur) de dire qu'il ne prône pas la peine capitale ... à vous de voir, enfin non. Un film à fuir comme la peste, donc, si vous ne voulez pas finir abruti ou lobotomisé.
Auteur :Houmann Reissi
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