Critiques

En avant : La critique

Par Alexa Bouhelier Ruelle

La formule du studio à la lampe fonctionne encore bel et bien. Le seul problème de cette machine bien huilée : comment faire mieux que tous les films sortis depuis 1995 et l’un des meilleurs film d’animation jamais créé : "Toy Story" ? Un challenge que Pixar relève depuis deux décennies en nous proposant des histoires aux scénarios ingénieux, pleines d’imagination et à l'esthétisme hors normes. Tel est le cas avec "En Avant" qui reprend des thèmes profonds et importants qui parleront aussi bien aux enfants qu’aux adultes.

Deux frères

Lors de la conférence de presse pour la sortie de "En Avant", Dan Scanlon, réalisateur et coscénariste, explique que « ces histoires personnelles ont pour habitude de connecter le spectateur au film, car chacun d’entre nous a fait l’expérience de ces émotions au cours de sa vie. Le thème de la mort est présent, certes, mais qui ne pense pas à la mort ? Parler de la mort c’est aussi parler de la vie en un sens ! » Puis, sa coscénariste, Kori Rae reprend : « c’est un thème lourd, mais il nous ramène en réalité à une émotion précise et c’est avec cette émotion que le spectateur va trouver une connexion. »

"En Avant" se concentre sur la relation entre deux frères, Ian et Barley, ou plutôt l’évolution de cette relation à l’aube d’une quête pour retrouver leur père disparu. Une écriture inspirée de la part de Pixar qui fait que Ian et Barley ont une dynamique tout à fait fascinante et quelque peu unique dans le monde de l’animation. Barley est une tête brulée qui connait sur les bouts des doigts les légendes et différents personnages de son jeu de rôle favori. Alors que Ian, lui, est introverti, nerveux, voulant se faire des amis, quoiqu'il soit quelque peu maladroit. Toutefois, très vite, Ian devient le héros de cette histoire et doit apprendre à jeter des sortilèges afin de retrouver une pierre et faire revenir leur père disparu. Au fil de leur périple, Ian et Barley apprennent peu à peu à se découvrir, mais aussi à se faire confiance, à se respecter et à comprendre comment l’autre fait face à la disparition de leurs père. Aussi "En Avant" est-il plus complexe sentimentalement parlant, dans le sillon de "Là-Haut", "Coco" voire même "Vice-Versa".

Pour le doublage français, Thomas Solivéres entre dans la peau de Ian et Pio Marmaï dans celle de Barley. Ce dernier révèle que « l’investissement en tant qu’acteur a été beaucoup plus grand que ce que j’imaginais, plus important que pour un film en live-action, c’est certain. Et je dirai même que le doublage est plus technique pour nous, acteur français, que ce qu’ont pu faire Tom Holland et Chris Pratt avec la version originale (rires). Les rôles sont toujours singuliers chez Pixar, donc, au-delà même de faire un film avec un autre niveau d’investissement de ma part, ça a été aussi pour moi l’opportunité de jouer un personnage contre nature. Cette énergie brute de Barley m’est venue super naturellement et, sans me vanter, je trouve que ça sonne assez juste. » Thomas Solivéres a avoué, lui, être « très fier d’avoir pu travailler avec Pio, surtout sur un film Pixar. De mon coté, je trouve que le travail d’acteur est différent, car je n’avais pas de texte à apprendre. Donc je découvrais l’histoire au fur et à mesure des jours et de la bande passante. »

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"En avant"- Copyright 2019 Disney/Pixar

Règle numéro une : miser sur la nostalgie

Le plus surprenant reste bel et bien comment Dan Scanlon et Kori Rae réussissent à délivrer un film qui joue totalement sur la nostalgie, tout en trouvant un simple twist pour transformer "En Avant" en fable intime d’une famille qui se découvre. Le film atteint son paroxysme dans ses dernières minutes, c’est à ce moment précis que Dan Scanlon injecte de sa propre vie pour créer des scènes réellement touchantes. Lui, qui a perdu son père alors qu’il n’était encore qu’un bébé, dévoile ici comment un jeune homme réussit à passer outre ce sentiment de perte en se rapprochant de son frère qui l’a vu grandir...

Un frère dont le réalisateur et coscénariste s’inspire aussi alors qu’ils essayent tous deux de se raccrocher aux quelques souvenirs qu’ils ont. Un choix de fin décrié par quelques dirigeants Pixar. Dan Scanlon raconte : « quelques personnes chez Pixar nous ont demandés si la fin ne pouvait pas être un peu plus satisfaisante pour tous les personnages. Mais, quand nous leurs avons expliqué notre démarche, je dois dire que tout le monde était derrière l’idée. C’est une fin un peu risquée et peu conventionnelle, mais aussi très réaliste. Car, malheureusement, le plus souvent, ce que l’on veut et ce dont on a besoin dans la vie ne sont pas forcément la même chose. »

Comme la plupart des films Pixar, "En Avant" baigne dans la nostalgie d’un temps ancien, où les elfes, les orques, les cyclopes, les dragons, les centaures et autres trolles vivent en harmonie avec la nature et la magie fait partie intégrante de cet univers. Cependant, cette magie est difficile à maitriser. Ce mix entre fantaisie et réalité est le cadre de jeu idéal pour la mise en scène de Noah Klocek dans la ville de New Mushroomton où les gratte ciels ressemblent à des châteaux-forts et les licornes font les poubelles. Pour Don Scanlon « cette magie est tout autour de nous dans notre vie de tous les jours. La nature est magique, nous sommes juste habitués à sa présence peut-être même trop malheureusement. »

C’est donc dans cet univers que les deux frères partent en quête d’une pierre de Phoenix pour ramener leur père à la vie pour une journée seulement. Les dangers d’une quête qui se définit par une observation faite par la mère des jeunes hommes : « l’un d’eux n’a peur de rien et l’autre a peur de tout. » Une mère que le réalisateur voulait également très présente, car sa propre mère a été « la guerrière dont nous avions besoin en grandissant. C’est pourquoi je voulais que Laurel soit présente tout au long de l’histoire, soutenant ses fils. »

Finalement, "En Avant" n’est pas un chef d’œuvre à proprement parler au sein du canon Pixar, mais son cœur, son univers et ses personnages ne manqueront pas de vous faire succomber. C’est un film sincère qui fonctionne aussi bien chez les petits que chez les grands, en s’attaquant à des thèmes encore une fois assez lourds et difficiles à aborder en temps normal dans le genre animation. C’est à ce moment précis que la magie de Disney combinée à celle de Pixar opère et nous fait comprendre que, si on y croit assez fort, tout est possible !



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