18 novembre 2019
Critiques

En liberté ! : Marron, nous ?

Une comédie qui réussit ses gags plus qu’elle ne les rate, c’est mieux pour obtenir un bon film. Cependant, ce n’est parce qu’elle multiplie les tentatives infructueuses qu’il faut en oublier ses qualités. Après tout, on peut analyser objectivement et rationnellement la mécanique de la blague. Toutefois, tout a beau être bien mis en place, le rire ou même le sourire ne suit pas toujours. Après tout, on parle d’une réaction émotionnelle donc de quelque chose qui échappe facilement à la critique.

Si toutes les blagues de "En Liberté !" n’ont pas su se frayer un chemin vers l’interrupteur des zygomatiques de l’auteur de ces lignes, il y perçoit trop de qualités pour lui donner honnêtement une mauvaise note. Juste parce que la comédie n’a pas réussi son but premier, à savoir lui tirer au moins un sourire à la majorité des blagues.

Pour être plus juste, il faut tout de même préciser que sur le terrain de la gaudriole, "En Liberté !" part pourtant plutôt bien. Sans divulgâcher plus de choses que le synopsis ne pourrait en révéler, disons que le dernier film réalisé par Pierre Salvadori arpente avant tout les sentiers de l’absurde. Il brasse également le plus large éventail possible de types de comique en poussant le potentiel de chaque source de drôlerie le plus loin possible.

"En Liberté !" ne maîtrise jamais aussi bien sa générosité et son inventivité que lorsque son personnage principal, une inspectrice de police aussi bougonne que sensible et donc parfaitement taillée pour Adèle Haenel, raconte à nouveau la même histoire à son fils mais en y apportant des modifications, notamment en fonction de ce que le scénario aura révélé sur le héros de ladite histoire. La veille, il était peut-être un digne héritier de Bébel magnifié par son ingéniosité n’ayant d’égal que celle des cascades.

Néanmoins, le lendemain, il sera maltraité à coups d’extincteur façon Tom & Jerry dans un moment de slapstick qui aurait fait la fierté de William Hanna et Joseph Barbera. À ce titre, Vincent Elbaz est tout comme Adèle Haenel parfaitement choisi puisqu’on peut aussi bien en faire un dur à cuire goguenard qu’un grand dadais qu’il serait drôle de maltraiter.

Malheureusement, passé son premier tiers, "En Liberté !" délaissera progressivement le comique de gestes dans lequel il excellait pour donner la priorité à des formes de comique qu’il maîtrise moins, en particulier le comique de caractère et le comique de répétition.

En plus de caractériser une bande originale déjà tellement connotée « comédie policière bondissante et parodique » qu’elle en deviendrait un nouveau stéréotype, la répétitivité est d’ailleurs le défaut qui vient en premier à l’esprit pour expliquer pourquoi de nombreux gags peuvent ne pas produire leur effet une fois les trente-cinq premières minutes passées.

Qu’ils soient étirés au point de rendre une scène interminable ou qu’ils deviennent des gimmicks empêchant les personnages d’évoluer de façon satisfaisante, certains ressorts comiques figent un scénario qui a déjà du mal à faire cohabiter de façon homogène ses sous-intrigues.

Pourtant, même ces moments comiques théoriquement branlants peuvent être défendus car qu’il fasse rire ou non, "En Liberté !" ne fait jamais dans la demi-mesure. Généreux, excessif et inventif, il ne laisse passer aucun élément d’une situation comique et le pousse à chaque fois à son paroxysme avec un amour pour le ridicule et le non-sens qui force le respect même si on y reste froid.

Mais ce qui fait la force d’"En Liberté !", c’est que Pierre Salvadori et ses coscénaristes, Benoît Graffin et Benjamin Charbit, ont très clairement compris que l’absurde ne servait pas qu’à faire rire. La notion de perte de sens doit s’accompagner d’une certaine tristesse voire même d’une certaine noirceur. Elle n’est peut-être pas éclatante au sein de ce joyeux bazar coloré, lumineux et léger mais cette dureté est tout de même perceptible.

Au-delà de quelques touches d’humour noir, le dernier long-métrage de Pierre Salvadori part d’un fantasme qui se brise au bout de quelques minutes de film à la réalité pour traiter de la corruption, de la culpabilité et de l’injustice. Trois thématiques qui serviront à dessiner des personnages brisés.

Pio Marmaï incarne un pauvre bougre emprisonné à tort parce que des flics véreux avaient besoin de faire porter le chapeau à quelqu’un pour se dissimuler. La prison aura transformé cet être innocent en un monstre psychotique et torturé vis-à-vis duquel le personnage d’Adèle Haenel, prisonnière de son intégrité, se sentira fautive en tant que veuve de l’un des inspecteurs marron.

La scène de retrouvailles entre l’ancien détenu et sa copine incarnée par Audrey Tautou n’a pas besoin d’être parfaitement interprétée pour que l’on comprenne que le comportement de celle-ci cache une souffrance palpable. La dimension tragique d’"En Liberté !" s’accompagne d’une portée poétique et onirique mise en relief par la photographie de Julien Poupard, les décors de Maurice Barthélémy et les costumes de Virginie Montel.

L’humour d’"En Liberté !" est peut-être corrompu par sa lourdeur au bout d’un tiers de film, mais il préserve son intégrité par sa générosité dans d’autres domaines.

Auteur : Rayane Mezioud

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