28 janvier 2021
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Erin Brockovich : brillant !

Depuis les années 1970, il est constant de remarquer une tendance du cinéma américain à réinventer la démocratie et à mettre en scène des personnalités dont le maître mot est "intégrité". S'inspirant de scandales tel celui du Watergate, Alan J. Pakula a ouvert la voie avec "Les Hommes du Président" en 1974, s'appuyant sur un couple demeuré célèbre : Robert Redford/Dustin Hoffman.

De nombreuses productions ont depuis relayé cette démarche, parmi lesquelles on peut citer "Le Syndrome Chinois" de James Bridges qui traitait du problème des centrales nucléaires, un an après l'accident de Three Miles Island, en 1978, avec Jane Fonda et Michael Douglas dans les rôles principaux. Vous ajoutez à cela une autre tendance récurrente de la cinématographie made in USA : la fascination pour la justice, les procès et les plaidoiries. Avec "Erin Brockovich", le nouveau film de Steven Soderbergh, on retrouve ces différents aspects, mais présentés d'une façon amusante et peu conventionnelle. Nous sommes donc bien loin de "Préjudice" de Steven Zaillan avec John Travolta par exemple.

"Erin Brockovich" entre donc dans la catégorie des films justiciers avec une jeune femme travaillant pour un cabinet d'avocats, sans pour autant avoir les qualifications nécessaires, elle est tout au plus une secrétaire et encore. Voilà que cette dernière va découvrir un dossier auquel nul ne semble s'intéresser. Elle va donc mener sa propre enquête pour établir la responsabilité d'une société de distribution des eaux dans l'empoisonnement de quelques centaines de citoyens en Californie. L'affaire a fait grand bruit aux Etats-Unis à l'époque puisque le film de Sodernergh s'inspire de faits réels, la société PG&E ayant du verser 323 millions de dollars aux plaignants.

Alors, encore un film à procès me direz-vous ? Pas vraiment car Soderbergh parvient à éviter ce que l'on voit trop fréquemment dans les séries télévisées ou certains films : l'affrontement entre l'avocat et le procureur se concluant par un happy-end magistral. Il choisit plutôt de focaliser l'intérêt du spectateur sur Erin Brockovich. Sa présentation de cette personnalité haute en couleur est d'une grande justesse : un femme au bord de la crise de nerfs dont la vie professionnelle est à la mesure des sacrifices qu'elle consent pour élever ses trois enfants, mais qui, grâce à son courage de battante, parvient à remettre sa vie sur les bons rails et qui trouve dans ce dossier qu'elle défend avec acharnement, la voie de l'épanouissement au sein de la société.

Julia Roberts incarne Erin Brockovich avec punch et talent ainsi qu'une solide dose d'humour. C'est là un autre trait caractéristique du film de Soderbergh qui parvient à marier divertissement et réflexion. Nous n'oublierons pas la prestation d'Albert Finney dans le rôle de l'avocat Ed Masry. Celui qui fut le porte-drapeau du cinéma anglais dans les années 1960, notamment dans les films de Tony Richardson, que les amateurs du fantastique connaissent bien pour sa participation à "Wolfen" de Michael Wadsleigh, en 1980, impose un personnage d'avocat bougon, peu enclin à tout risquer dans une affaire périlleuse, contrepoint judicieux à une Julia Roberts électrique.

"Erin Brockovich" est finalement une production brillante, au ton vif et alerte. Il est une nouvelle et efficace démonstration de la bonne santé scénaristique d'un cinéma américain trop souvent critiqué pour ses poncifs. Ne manquez ce film sous aucun prétexte !

Auteur :Christophe DordainTous nos contenus sur "Erin Brockovich" Toutes les critiques de "Christophe Dordain"

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