6 décembre 2021
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Eros Thérapie : Sex is comedy

Le nouveau film de Danièle Dubroux, "Eros Thérapie", voit enfin le jour. Après l'abandon de son distributeur, la réalisatrice s'est démenée comme une folle, allant jusqu'à éditer une pétition pour que son film sorte sur les écrans. C'est chose faite grâce à Gémini films. Pourquoi tant de peine ? On connaît la sinistre situation du cinéma français menacé d'uniformisation à cause du financement des chaînes de télévision. Au milieu de ce cinéma consensuel, fade et qui bande mou, la singularité de Danièle Dubroux fait, il faut l'avouer, un peu tâche. Mais de quoi parle cette diablesse de Danièle Dubroux dans "Eros Thérapie" qui a tant fait peur aux distributeurs ? De la difficile position actuelle des hommes face à la place de plus en plus grande que prennent les femmes dans notre société. Les hommes face aux femmes donc. L'éternel jeu des dominants et des dominés. Il n'est question que de ça dans "Eros Thérapie" ; de jeu, de personnages se mettant en scène afin d'humilier, de sauver, de posséder l'autre.

Soit deux personnages masculins et deux façons de se battre. Adam (François Berléand) avocat que sa femme Agnès (Catherine Frot) a quitté pour se mettre en ménage avec Catherine (Isabelle Carré) une critique de cinéma d'Avant-première (une revue d'avant-garde qui nous vaut une scène d'anthologie où un critique vante un film dans lequel un anus est filmé en gros plan et en scope…). Celui-ci joue la soumission apparente et se retrouve à vivre dans le garage de son ancienne demeure où les deux femmes semblent heureuses. Bruno (Melvil Poupaud), lui, veut reprendre les choses en main. Employé d'une maison close (l'Asmodée qui propose des traitements pour résoudre les problèmes de libido) décide de séduire la critique pour venger la virilité de son ami Adam.

Outre cette galerie de personnages, que viennent compléter Julie Depardieu en psychologue de la maison close et Claire Nebout la mère-dominatrice et directrice de l'Asmodée, il y a, comme dans les autres films de Danièle Dubroux, un évident plaisir de la narration. Evitant le scénario bétonné, "Eros Thérapie" avance par effet de surprise. Le récit hasardeux enchaîne les situations incongrues, le comique fin et plus populaire, les digressions afin de désarçonner le spectateur. On début, on croit connaître le héros du film (Adam) mais la réalisatrice le « lâche » pour se consacrer aux manigances de Bruno qui se déguisera en David Cronenberg (le cinéaste préféré de la critique) tendance S.M pour se rapprocher de Catherine. Dubroux revient épisodiquement sur Adam et les tentatives avortées d'Agnès de retrouver son hétérosexualité pendant que Bruno simule sa mort pour culpabiliser la jeune critique qui se vengera à son tour.

Cet art de la dérive donne au film un côté clownesque et c'est dans ce déséquilibre apparent que "Eros Thérapie" trouve un équilibre de comédie psy (un genre maîtrisé par Pascal Bonitzer) qui donnent parfois, il est vrai, des scènes plus approximatives ou moins réussie. Mais dans ce fatras, ce joyeux bordel organisé, on sent que la réalisatrice jubile comme les acteurs (tous formidables) pour aboutir à un final d'une ironie mordante dont je ne dirai rien. La grande force du cinéma de Dubroux est sa singularité (une denrée rare, je le répète…), on entre ou pas dans cet univers, mais pour ceux qui osent, le plaisir est grand, très grand.

Auteur :Christophe Roussel
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