Critiques

Été 85 : Ensoleillé

Par Jérémy Joly

Le précédent film de François Ozon, "Grâce à Dieu", s'inspirait de l'affaire Bernard Preynat, relatant le combat judiciaire mené par des victimes d'abus sexuels sur mineurs dans l'Église. Un sujet grave et si audacieux que le film a bien failli ne jamais voir le jour, le prêtre Bernard Preynat avait fait appel à la justice afin de suspendre "Grâce à Dieu". Sa demande a été rejetée par la cour d'appel de Paris. Entre procès et incertitude sur la sortie du film, François Ozon a sûrement vécu un moment chaotique après la réalisation de "Grâce à Dieu". C'est donc sans étonnement que son nouveau film, "Été 85", qui s'inspire du roman « La Danse du coucou » d'Aidan Chambers, se déroule en bord de mer, en plein été, où va se créer une histoire d'amour, un sujet beaucoup plus léger... En apparence...

Tandis que l'affiche nous montre deux jeunes hommes sur une moto, les cheveux au vent, sous un ciel bleu, étrangement, "Été 85" (distribué par Diaphana) commence par l'arrestation d'un des deux personnages principaux. La voix off, utilisée de façon intéressante, dégageant un contraste avec les images, nous parle d'un cadavre. Laissant le spectateur avec ses questionnements, le récit nous amène quelques mois plus tôt, en Normandie durant l'été. Alexis, âgé de 16 ans, décide de faire une sortie en mer, mais un orage éclate et son bateau se retourne. Il est sauvé héroïquement de la noyade par David, âgé de 18 ans. Une amitié s'installe avant que la passion ne dévore tout. Les scènes joyeuses du passé et celles inquiétantes du présent s'entremêlent, apportant progressivement des réponses aux questionnements du spectateur.

"Été 85" est loin d'être un simple film d'amour sous le soleil, l'histoire est remplie de suspense et de scènes éloignées du glamour qu'offre la plage comme celle se déroulant dans une morgue. Les deux acteurs principaux, Félix Lefebvre (dont c'est le premier grand rôle au cinéma) et Benjamin Voisin (vu dans "La Dernière Vie de Simon" et "Un Vrai Bonhomme") forment un duo épatant. Le travelling avant dans la scène d'une séance de cinéma est à ajouter à la longue liste des plus beaux plans dans une salle obscure.

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Félix Lefebvre (à gauche) et Benjamin Voisin

Avec "Été 85", François Ozon revient sur des thèmes déjà traités dans les films précédents. Tout d'abord, il y a la passion amoureuse, un sujet majeur dans la filmographie du réalisateur. Cette fois-ci, c'est la découverte de la sexualité par deux jeunes. L'homosexualité est traitée comme une forme de sexualité qu'il faut cacher à ses proches, correspondant bien à l'époque où se déroule l'action du film. La mère de David, jouée par Valéria Bruni Tedeschi, semble naïve ou plutôt ne veut pas voir la vérité sur la relation entre son fils et Alexis. D'ailleurs, les scènes intimes présentes dans ce film sont belles, se focalisant seulement sur la beauté des corps. Nous retrouvons aussi le travestissement, qui était le sujet principal du film "Une Nouvelle Amie". La relation entre Alexis et son professeur de français (joué par Melvil Poupaud) rappelle fortement "Dans la maison". Tout cela forme malheureusement une sensation de déjà vu lorsque l'on connaît la carrière de François Ozon, ce qui est dommage. "Été 85" ressemble à une synthèse des thèmes qui sont chers au réalisateur.

Comme son titre l'indique, l'histoire se passe en 1985, une époque pas si lointaine mais qui n'a plus rien à voir avec aujourd'hui. Cette période est merveilleusement bien recréée dans ce film. Tout d'abord, François Ozon a décidé de filmer au format 16 mm, et non au numérique avec cette image lisse. Un choix judicieux qui nous plonge tout de suite dans les années 80. Lorsque l'on regarde le générique de début, on croirait voir un film de cette période. Les acteurs ont des looks qui paraîtraient démodés ou rétros, selon le point de vue : des chemises aux couleurs vives, des pulls à carreaux, des cheveux longs. Des objets qui ont disparu de notre quotidien actuel refont surface comme les cabines téléphoniques ou ce minitel posé sur le coin d'un bureau. Lors d'une scène de fête, un clin d’œil au mythique "La Boum" de Claude Pinoteau apparaît. S'ajoute également la musique « In Between Days » de The Cure, qui vient définitivement apporter une pointe nostalgique des années 80.

Suite à l'annulation du Festival de Cannes cette année, à cause du Covid-19, le film a reçu le Label du Festival. Bien qu'il s'agisse d'un film mineur dans la filmographie de François Ozon, "Été 85" apporte tout de même un moment agréablement ensoleillé avec une histoire d'amour touchante.


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