16 septembre 2021
Critiques

Exodus : Gods And Kings : Tellement loin des Dix Commandements

Le nouveau Ridley Scott débarque sur nos écrans, en toute discrétion le 24 décembre. "Exodus : Gods and Kings" (distribué par Fox France), le titre tient plus du jeu vidéo que du 7ème art, nous propose de redécouvrir l'histoire de Moïse, libérateur du peuple hébreux, sous le joug des pharaons d'Egypte il y a plus de 3000 ans. Scénario bien entendu parfait (on croirait l'adaptation d'un best-seller…), projet ambitieux, réalisateur talentueux, doué pour le péplum preuve à l'appui ("Gladiator"), casting prometteur, budget colossal : tout est réuni pour nous offrir un grand moment de cinéma … ou un plantage en toute beauté.

Le souci majeur du film "Exodus : Gods and Kings", c'est qu'en lieu et place du bon péplum attendu, on nous sert un mauvais film d'héroïc fantasy. Exit l'enfance de Moïse, rescapé du massacre des nouveaux nés hébreux, on découvre Christian Bale en prince d'Egypte, général des armées de Pharaon, puis suite à une incroyable facilité de scénario et une très rapide première partie tellement bâclée qu'on croirait voir un résumé d'un épisode précédent, soudainement propulsé Moché, hébreux rescapé du Nil et, par voie de fait, banni. Certes, budget oblige, on nous offre quelques magnifiques et trop courtes images des monuments et paysages égyptiens, mais dont ne suinte aucune émotion, aucune idée de la grandeur de l'Egypte antique. On est ici très loin du lyrisme et de l'épopée de "Gladiator", qui avait su retranscrire la toute-puissance de Rome, nous faire haleter aux scènes de batailles, et donner toute sa signification au mot « épique ». L'Egypte semble bien petite à côté de Rome, et Pharaon est un nain pour César.

Passée la première partie, reste la succession des plaies d'Egypte, dont Moïse est spectateur et non instigateur. C'est Dieu qui est aux commandes, incarné en un mioche en haillons à qui on refilerait volontiers trois paires de baffes. Encore une fois les moyens sont au rendez-vous, l'émotion se fait toujours attendre. A aucun moment, la peur ne nous saisit, les plaies sont enchainées à une telle vitesse qu'on peine à être un tant soit peu impressionné. On sent l'envie d'une certaine noirceur brutale, à laquelle on ne peut adhérer; on se surprend même à rire parfois aux quelques répliques laconiques de Ramsès. Un Ramsès sans aucun charisme, contredit par tous ses hommes, qui allume lui-même les chandelles dans son palais : on est très loin de l'image du pharaon dieu-vivant qu'on s'était faite.

Et puis vient l'exode et son lot d'images fortes : Moïse perdu dans le désert demande un GPS à Dieu, Moïse grave sur des pierres sous la dictée d'un enfant de 8 ans qui lui prépare du thé, Moïse lance un caillou dans une bassine… Arrive le moment tant attendu du passage de la Mer rouge, mais Christian Bale se prend pour Arthur, il y balance négligemment son épée et la voilà qui se vide comme une baignoire. Et quand Ramsès le rattrape enfin pour une ultime confrontation, les flots déchainés se refermant sur eux, ça se résume alors à « pince-mi et pince-moi sont surpris par la montée des eaux au mont St-Michel ».

En évitant habilement l'éventuelle polémique de cette sortie sur fond de conflit israëlo-palestinien, Ridley Scott évite surtout à son film de dégager le moindre intérêt, on est très très loin de la virtuosité des Dix commandements. En résumé si vous êtes égyptiens (le film est interdit en Egypte) ou hébreux, si vous avez aimé "Gladiator", si vous n'aimez pas voir des agneaux se faire égorger, et si de manière générale vous aimez le cinéma, nous vous déconseillons fortement de braver le froid de l'hiver pour aller voir "Exodus : Gods and Kings". Revoyez plutôt "Prince of Persia" : autant de sable, la prétention en moins.

Auteur :Florian CarpentierTous nos contenus sur "Exodus : Gods And Kings" Toutes les critiques de "Florian Carpentier"

ça peut vous interesser

Leonardo DiCaprio : Star sur TCM

Rédaction

Black Rain : Polar et yakusas

Rédaction

SOS Fantômes : Critique

Rédaction