6 décembre 2019
Critiques

Exodus : Gods And Kings : Un divertissement maîtrisé et c’est tout.

Près de soixante ans après le chef d'œuvre du cinéaste Cecil B DeMille ("Sous le Plus Grand Chapiteau du Monde"), Ridley Scott, réalisateur à la filmographie impressionnante et truffée de films cultes ("Alien", "Blade Runner", "Thelma et Louise", "Gladiator", "Hannibal", "La Chute du Faucon Noir"), a décidé de dépoussiérer le Livre de l'Exode en redonnant vie au prophète Moïse dans "Exodus : Gods and Kings".

L'idée de Ridley Scott était, semble-t-il, de rationaliser l'histoire biblique en donnant une explication logique aux différents évènements liés à la vie de Moïse, au risque même de choquer. Celui-ci notamment est dépeint comme un être perturbé, limite schizophrène : sa femme lui explique même que ce qu'il pense voir ou avoir vu est lié au coup qu'il a reçu sur la tête alors qu'il se promenait sur la montagne. Cette impression est par ailleurs renforcée lors de scènes de conversations imaginaires que Moïse est sensé avoir avec Dieu alors même qu'il est observé de loin, sans le savoir, par un de ses compagnons qui a vraiment de quoi le prendre pour un fou. De même, les dix plaies qui affectent l'Egypte prennent une explication scientifique dans la bouche d'un des conseillers de Ramsès II et surtout la disparition de la Mer Rouge, permettant à Moïse de la traverser, s'explique dans le film par un tsunami qui retire momentanément les eaux de leur cours...

Pourtant, si les intentions de Ridley Scott peuvent se comprendre et être saluées, car elles insufflent de la nouveauté au mythe, évitant ainsi au réalisateur de tomber dans le simple remake d'un film culte, elles ont pour contre-effet négatif d'enlever tout l'aura de magie qui entoure cet épisode biblique. En fait, tout ce qui fait qu'on aime l'histoire de Moïse ou qu'on était attaché au film de Cecil B DeMille n'existe plus dans la version de Ridley Scott. Par exemple, ce qu'attend avant tout et avec impatience le spectateur qui va voir l'histoire des dix commandements, c'est le moment où Moïse ouvre la Mer Rouge en deux pour faire passer son peuple ; or ça ne se produira pas et c'est fort dommage...

Pas non plus de combats entre Moïse et Ramsès pour obtenir les faveurs de Néfertari (qui a un rôle très négligeable dans le film), pas de Dieu qui s'adresse avec sa voix de stentor à Moïse (chez Scott, Dieu prend l'apparence d'un enfant), pas de Moïse qui redescend de la montagne, cheveux et barbe devenus blancs, les tables de la loi contenant les 10 commandements à la main (celles-ci sont gravées patiemment par Moïse dans "Exodus"). Quant à l'histoire du Veau d'Or (qui explique l'errance pour 40 ans supplémentaires du peuple juif), elle est carrément passée à la trappe. Pourtant, pour le spectateur l'histoire de Moïse c'est tout cela et sans ces éléments bibliques, on a juste l'impression de se retrouver devant un film d'action quelconque.

Finalement, le film plaira avant tout à ceux qui ne connaissent pas l'histoire biblique ou ne s'en soucient pas plus que ça, et qui cherchent, avant tout, du grand divertissement bien maitrisé, tenu par de très bons acteurs (le casting avec notamment Christian Bale/Moïse et Ramsès/Edgerton est parfait). Pour les autres, ils n'auront qu'une envie en sortant de la séance : aller se replonger dans la magie du film de 1956, avec Charlton Heston.
Auteur :Karine Lebreton
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