2 décembre 2020
Critiques

Falling : Un face-à-face père-fils déchirant

Par Sarah Ugolini


Avec "Falling", Viggo Mortensen nous offre pour son premier film en tant que réalisateur une fresque familiale mélancolique sur la vieillesse et la mémoire. Une confrontation entre un père et un fils que tout oppose, mais qui nous amène à nous réconcilier avec notre passé.    
 
À l'automne de la vie, il est l'heure de faire la paix avec son passé. Pour son premier film en tant que réalisateur, Viggo Mortensen a choisi de se livrer dans un film bouleversant et intime sur la famille et la vieillesse. "La vieillesse est un naufrage", disait Charles de Gaulle, l'acteur hollywoodien a décidé de nous y faire sombrer avec poésie et intelligence. "J'ai vécu plusieurs fois le processus de la démence dans ma famille, mes parents et d'autres", a assuré l'inoubliable interprète du roi Aragorn dans la saga du "Seigneur des Anneaux", lors de l'avant-première de son premier long-métrage.
  
Pour sa première fois derrière la caméra avec "Falling", Viggo Mortensen a choisi d'incarner lui-même John, un homme homosexuel vivant en Californie avec son compagnon et leur fille, et qui se retrouve contraint de s'occuper de son père Willis, malade et atteint de démence sénile. Un face-à-face déchirant et compliqué entre un père et un fils que tout oppose. Entre John, pilote de ligne progressiste épanoui dans sa famille homoparentale en Californie et Willis, ancien agriculteur taciturne, machiste et homophobe, la communication semble impossible. 

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Viggo Mortensen - Copyrights Filmverleih GmbH
"Je voulais explorer mes souvenirs"
Pas question toutefois pour le néo-réalisateur de nous dresser une vision manichéenne de ce duo explosif. Il parvient à amener le spectateur à se placer dans la tête de ce vieil homme esseulé dans sa ferme qui perd peu à peu ses repères. Viggo Mortensen a choisi de retracer la vie d'une famille au fil des souvenirs de cet homme confus qui peine à distinguer le présent du passé. Des allers-retours réalisés grâce à des ellipses narratives et des flashbacks constants. L'histoire de la famille se révèle peu à peu par bribes, comme une métaphore de la mémoire fragile de ce vieil homme qui va et vient.

Si "Falling" n'est pas autobiographique, Viggo Mortensen a puisé dans son enfance et son adolescence pour nourrir cette fresque familiale. "C'est une famille fictive, mais il y a quelque chose qui vient de notre vie. Je voulais explorer mes souvenirs", assure l'acteur et réalisateur. S'il convient que "les souvenirs sont subjectifs et qu'on essaie souvent de contrôler le passé pour être à l'aise dans le présent", il tente surtout dans "Falling" de montrer "le manque de communication, les fissures existant dans n'importe quelle famille". C'est ce qui a poussé l'acteur américano-danois à raconter cette histoire après le décès de sa propre mère. Une mère qui est magnifiée dans le long-métrage comme la valeur morale de la famille face à un père irascible et violent. Une histoire donc infiniment personnelle malgré tout, puisque Viggo Mortensen confie aussi avoir beaucoup pensé à son père lors de l'écriture de ce premier film, qu'il a d'ailleurs dédié à ses deux frères, Charles et Walter.


Une œuvre mélancolique sur la complexité de la mémoire
Impossible de ne pas saluer la performance incroyable de Lance Henriksen, qui incarne avec justesse un vieil homme au crépuscule de sa vie. Pas question de victimiser ou de diaboliser le père du personnage incarné par Viggo Mortensen. Si Willis, conservateur acariâtre et agressif nous est évidemment antipathique, le spectateur parvient par moment à se mettre à sa place pour comprendre que derrière cette violence et cette amertume, se cache une vie de frustrations et de solitude. Cet homme vieillissant et malade refuse d'accepter de devenir dépendant. Il se réfugie alors dans ses bonheurs passés, refusant de se conformer à une réalité qui le déçoit. Ce sont deux mondes et deux époques qui s'entrechoquent dans cette confrontation générationnelle insoluble entre un père et son fils.

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Hannah Gross - Copyrights Filmverleih GmbH
Dans "Falling", Viggo Mortensen invite à se réconcilier avec son passé. Loin des jugements, il nous pousse à l'introspection et à apprendre à accepter que notre histoire fait partie de ce que l'on est. Le personnage de John parvient ainsi à se remémorer des joies de son enfance en retrouvant les paysages sublimes de nature de la ferme dans laquelle il a grandi. "Falling" traite donc avec mélancolie de la complexité de la mémoire et de l'importance, sinon de la "réconciliation", au moins de l'"acceptation" de notre histoire et de notre famille.


Ne jamais oublier d'où l'on vient pour appréhender ce que l'on est
"Falling" s'est vu décerner le label Cannes 2020 et, pour cette première réalisation réussie, Viggo Mortensen a endossé toutes les casquettes. L'homme aux multiples talents s'est révélé un brillant chef d'orchestre puisqu'il a écrit le scénario, joue, réalise et a même créé la musique de ce premier film tendre et intime, qui nous pousse à ne jamais oublier d'où l'on vient pour appréhender ce que l'on est.



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