19 septembre 2021
Archives Critiques

Fantastic Mr. Fox : Grand film !

Les bestioles animées de "La Vie Aquatique". Les monte-en-l'air de "Bottle rocket". Les histoires pour enfants de "La famille Tenenbaum". Tout Wes Anderson est résumé dans ce "Fantastic Mr. Fox", nouvelle adaptation de Roald Dahl après celles de Danny DeVito, Henry Selick ou encore Tim Burton.

Son passage au film d'animation constitue à la fois une petite surprise - on l'aurait bien imaginé refaire dix films live avec Owen Wilson et Jason Schwartzman - et une continuité tout à fait logique dans la carrière de ce cinéaste dandy dont l'oeuvre a souvent ressemblé à celle d'un adolescent raffiné. L'occasion de rappeler que l'animation n'est pas un genre, mais plutôt une technique mise au service d'une histoire qui, généralement, aurait été bien plus difficile à raconter autrement.

Bien épaulé, ce bourreau de travail s'est merveilleusement approprié le procédé pour aboutir à un résultat qui, esthétiquement, rappelle les travaux du duo Peter Lord / Nick Park - Chicken run en particulier. Ses admirateurs comme ses détracteurs reconnaissent qu'Anderson, en une poignée de films, a su créer un univers cohérent, singulier et reconnaissable entre mille.

Le passage à l'animation n'a en rien altéré les obsessions stylistiques et thématiques du cinéaste, même si les pans les plus noirs de sa filmographie sont ici légèrement atténués, public juvénile oblige. Des renards aux blaireaux, tous les personnages sont d'ailleurs caractérisés par un anthropomorphisme rarement vu - si ce n'est dans la bande dessinée Blacksad - : on imagine aisément la Blanchett et le Clooney sous les masques de monsieur et madame Fox.

C'est d'ailleurs là que se trouve l'une des forces de "Fantastic Mr. Fox" : c'est peut-être le plus humain de son auteur. Les personnages, s'ils ne sont pas aussi attachants qu'un Wallace ou un Gromit, sont infiniment moins froids que les traditionnels héros andersoniens - dont l'aspect "coquille d'huître" en a rebuté plus d'un. Leurs problèmes familiaux sont quasiment ceux de Monsieur Tout-le-monde, et leur amour est sain, bien que pollué par le mensonge et le goût du vol.

Il est saisissant de constater que ce long-métrage d'une classe absolue n'est en fait que l'histoire d'un renard qui vole de la bouffe à des vilains fermiers et tente ensuite de faire face à leurs réactions hostiles. On imagine aisément ce qu'auraient fait Disney, ou Pixar, d'un tel postulat. Mais, vierge de toute influence, Anderson en tire une sorte de conte burlesque, enchaînement de tableaux parfois très brefs mais toujours savoureux, où l'humour le plus sobrement british côtoie les délires les plus poussés.

On peut rire du fait que le fils Fox enfile une chaussette trouée en guise de masque de bandit ainsi que des course effrénées menées dans les galeries par des personnages survoltés. On peut aussi trouver spirituelle chaque micro-seconde du film, qui distille un flegme charmant, encore trop imperméable pour les non-fans, mais qui ne manquera pas de créer de nouveaux partisans du cinéaste.

S'il y a un film d'animation que l'on peut conseiller aux 7 à 77 ans, c'est bel et bien celui-là : "Fantastic Mr. Fox" est un film qui unit, réunit, et ne laisse personne au bord de la route.

Auteur :Thomas Messias
Tous nos contenus sur "Fantastic Mr. Fox" Toutes les critiques de "Thomas Messias"

ça peut vous interesser

Ocean’s Eleven : Un film hommage

Rédaction

Cannes 2021 : Isabelle Huppert évoque sa carrière

Rédaction

Nomadland : L’art de sublimer la vieillesse

Rédaction