16 juillet 2019
Critiques

Fast & Furious 7 : La critique du film

Curieux et improbable destin que celui des "Fast and Furious". Sortie des limbes dans lesquelles le bide du troisième épisode et le délitement du casting d'origine menaçait de l'enfoncer sans billet de retour grâce au carton inattendu du quatrième épisode, qui signait justement le retour des acteurs du premier film pour l'occasion, la saga n'a ensuite eu de cesse de déjouer les pronostics et d'affermir son empreinte dans le club très fermé des franchises à blockbuster. 

De fait, l'une de ses caractéristiques les plus remarquables est sans doute sa propension à avoir évolué avec un public (comme le démontre des recettes en constante augmentation depuis), qui n'a eu de cesse de lui donner son aval aux étapes de son évolution de statut entamées depuis le quatrième épisode. Le début d'une fuite en avant vers une augmentation d'échelle qui atteint son point culminant avec un septième opus en forme d'apothéose du changement de trajectoire impulsé par Diesel, seul maître à bord de ce qui est surement l'une des affaires les plus juteuses d'Hollywood. Car la poule aux œufs d'or lui doit l'essentiel de sa réussite, notamment dans le souci d'équilibrer l'ampleur sans cesse grandissante de la logistique avec l'intégration de ses personnages (véritable point d'ancrage des spectateurs) au sein de narrations de soap souvent nanardesques, mais indéniablement dans l'air du temps des "Avengers" et autres Marvel movies fonctionnant sur le même modèle. Ce qui n'était pas sans conséquence sur la conception des films eux-mêmes, à l'instar d'un sixième épisode égaré dans des circonvolutions scénaristiques que n'auraient pas osé entreprendre les scénaristiques d'"Amour gloire et beauté". Un défaut implanté dans l'ADN de la franchise, mais qui prenait ici des proportions démesurées par la volonté acharnée des instigateurs à fabriquer une cohérence artificielle susceptible de lier les précédents films entre eux.

D'emblée, que les poètes venus pour avoir leur dose de destruction massive shootés aux anabolisants soient rassurés : les inévitables élans sentimentaux pouêt pouêt de la saga sont réduits à leur portion congrue, bien que prêtant toujours autant le flanc à la rigolade devant la naïveté avec laquelle Diesel et son crew semblent persuadés de l'impact dramatique des intrigues familiales qu'ils essaient d'animer. De fait, une fois digéré les séquences émotions aux allures de drama tv des années 80, l'inévitable ratio de racolage rempli par la présence des codes antédiluviens de la franchise, et de la connerie d'un scénario faisant fi de toute cohérence, alors le spectateur ainsi disposé aura toutes latitudes pour prendre un pied monumental devant cette  succursale dégénérée de "Mission Impossible" gonflée aux hormones du film de super-héros.

Malgré une identité artistique largement diluée dans le cahier des charges de la saga, on ne peut que reconnaître à James Wan d'avoir réussi là où Justin Lin avait échoué dans le précédent film : faire jouer "Fast and Furious" sur le terrain de jeu des Marvels et autres DC comics. Annonçant la couleur dés le début avec son générique génialement mongolo introduisant le personnage de Jason Statham (visiblement réjouit de faire partie de l'aventure, au même titre que le revenant Kurt Russell tout en dégaine goguenarde), Wan ne déviera pas de sa note over the top, assumant l'outrance hypertrophiée des péripéties au sein même d'une mise en scène au diapason (suriconisation des personnages, idées de cadre barrées, travellings prononcés…). Loin d'essayer de normaliser l'invraisemblable WTF, le réalisateur fonce dans le tas sans regarder dans le rétroviseur, parvenant même à faire participer certains trous d'airs pourtant béants du scénario au ludisme de l'ensemble.

On notera à ce titre les apparitions incongrues de Statham (qui sort littéralement d'on ne  sait où à chacune de ses apparitions), qui achève de donner à son personnage des allures de cartoon au demeurant parfaitement cohérentes avec la patine résolument comic-book d'un film qui parvient ainsi à légitimer sa quête presque épuisante de surenchère. Presque seulement, tant "Fast and Furious 7" aligne les instants de jouissance absolue (à ce titre Dwayne Johnson se taille une nouvelle fois la part du lion) avec un sens du rythme, certes fondé sur l'accumulation débilitante, mais qui rompt avec les ventres mous et les interruptions constantes qui sclérosaient les précédents épisodes.

Ni pire ni meilleurs que les actionners bourrins des années 80-90 derrière lesquels court la production contemporaine comme le sésame d'un Eden populaire, "Fast and Furious 7" signe surtout le triomphe d'une licence, qui aura réussi à modeler ses codes pour faire jeu égal avec les franchises les plus in d'Hollywood aujourd'hui, sans pour autant sacrifier son identité dans ses élans de conquête. A cet égard, l'émouvant hommage final à Paul Walker, maladroit et pataud, mais parfaitement dans le ton de la saga, s'avère révélateur du lien de proximité que "Fast and Furious" cultive avec son public, convié à l'oraison funèbre de l'acteur comme pour expurger une catharsis collective. Décidément, la famille dans "Fast and Furious" est un concept à entendre au sens (très) large, aussi trempé dans la confiture soit-il.

Auteur :Guillaume Meral
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