27 février 2020
Critiques

Fast & Furious 8 : Elle est où, ma Corona ?!

Critique du film Fast and Furious 8

par Rayane Mezioud

De mémoire récente, il n'existe pas destinée plus étrange dans le paysage cinématographique hollywoodien que celle de la future décalogie "Fast & Furious". Tout commença en 2001 avec un remake officieux de "Point Break" avec des voitures, des courses illégales et du tuning au budget de modeste envergure - 38 millions de George Washington - qui connaîtra un très beau succès-surprise au box-office mais ne réussira pas à gagner les cœurs des gardiens du cinéma. Elle passera les dix années suivantes à alterner suites méprisables dont un spin-off qui n'obtiendra même pas les grâces du box-office avant que le vilain petit canard ne devienne aux yeux des cinéphiles et des critiques un majestueux cygne déployant dans le même temps ses ailes musclées vers de plus hauts et surtout plus verts cieux en se débarrassant de quasiment toutes ses guêtres de kéké beauf et en pondant des œufs d'or en forme de crâne de Dwayne Johnson remplis d'action jubilatoire que les amateurs et les professionnels attendront désormais davantage que presque tous les autres œufs de tous les autres volatiles de la ferme d'Hollywood.

Aujourd'hui, le gracieux mais bodybuildé ovipare nous livre du haut des cimes d'émeraude du box-office mondial sa dernière fournée après une précédente qui aura mis tout le monde d'accord - vraiment tout le monde : 1 516 045 911 $ dans les salles obscures - mais cet oeuf, loin d'être répugnant au demeurant, brille moins, régale moins et la plupart des saveurs qu'il soit capable d'offrir ressemble trop à ce qu'on en connait pour faire de sa dégustation une expérience encore plus prenante que la précédente. Pourtant, après l'avoir avalé, on essaie de se convaincre qu'il nous a davantage satisfait que ce qu'il nous a en réalité procuré...

Ce n'est pas faute d'avoir accordé davantage de place à l'un de ses ingrédients les plus savoureux, à savoir Luke Hobbs, le personnage qui symbolise désormais le tournant radical amorcé en 2011 par la saga avec "Fast & Furious 5" et aura été un argument majeur pour la suite de la carrière de son interprète, Dwayne Johnson, qui se verra offrir de nombreux rôles d'action en tête d'affiche avec la plupart du temps suffisamment de succès pour l'asseoir comme un atout estimable quant à l'aptitude d'un film à vendre des tickets de cinéma. Bien plus présent et important que la dernière fois, il est toujours l'élément le plus badass qui nous rappelle sa singularité par rapport aux autres personnages par exemple en préférant conduire une Jeep plutôt qu'une Lamborghini ou au travers de petites idées qui soulignent sa résistance et sa force dont on se demande si elles ne dépassent pas l'apogée de ce qui est humainement possible.

Si "Fast & Furious 8" déçoit un peu, c'est sans doute parce qu'il est plus en retenue que le précédent. Malgré quelques touches d'inventivité comme par exemple des voitures pilotées à distance qui viennent s'effondrer depuis un parking à plusieurs étages ou se rassemblent pour fondre comme une nuée sur leur cible ou encore un affrontement avec des hommes de main en se trimbalant un bébé dans un landau, la mise en scène de F. Gary Gray ne dépasse jamais le stade de l'efficacité pure et se contente d'illustrer lisiblement une action toujours aussi généreuse - cinq gros morceaux sur deux heures cinq, pile ce qu'il faut pour un vrai film d'action - sans jamais les sublimer comme savait le faire James Wan en y insufflant une réelle énergie et en multipliant les trouvailles jubilatoires qui venaient épicer le tout que ce soit par une cascade, une action ou une réplique bien abusée comme on l'aime. Peut-être est-ce aussi parce que le corps-à-corps est complètement absent de 60 % des scènes d'action du film et très partiellement présent dans le climax. 

D'accord, quand on va voir un "Fast & Furious", c'est normalement pour prendre sa dose de course-poursuites, de collisions et d'explosions de bolides mais si les personnages sont capables d'en découdre à mains nues voire sont aussi baraqués pour certains d'entre eux, c'est pour compléter tout cela avec de la bagarre bien bourrine et quand la meilleure scène d'action du film est justement celle où Dwayne Johnson et Jason Statham s'échappent de manière programmée d'une prison en pétant des gueules, ça traduit aussi que l'action en voiture n'a pas suffisamment bien fait son boulot puisqu'on repensera à chaque fois avec une légère pointe de regret à la tellement supérieure scène de baston qui a réussi à nous maintenir la banane tout du long.

D'ailleurs, parlons-en de Jason Statham. C'était l'une des plus belles réussites du septième épisode et il suinte toujours autant de cette énergie furibardocomique complètement appropriée à la voix de l'acteur mais nonobstant ses griefs personnels vis-à-vis de l'antagoniste, le voir lui et son frère s'allier avec " la famille " après ce qu'ils se sont mutuellement mis au cours des deux opus précédents a du mal à tenir debout et ira même jusqu'à culminer dans la connerie abyssale lorsqu'il sera intégré à ladite famille. Entre deux scènes d'action, les personnages n'existent que pour faire de l'exposition autour de la mission alors que le scénario du 7 avait au moins le mérite d'essayer de leur donner une vague consistance comme si le décès de Paul Walker était venu contaminer l'état d'esprit d'une équipe qui semblait prendre conscience du fort risque de mortalité qui allait avec leurs activités suite à l'assassinat de l'un de ses membres. Quant à la méchante incarnée par Charlize Theron, elle est aussi creuse que la plupart des antagonistes de Marvel Studios et n'a même pas le droit à une scène qui tente d'être vaguement mémorable. Le film d'avant, on avait Jason Statham qui sortait de nulle part et éclatait tout de manière jouissive sur son passage à chaque fois en maintenant le même niveau de rage déterminée tout le long du film, c'était beaucoup plus rigolo.

Bref, "Fast & Furious 8" est encore un tant soit peu appréciable mais il commence déjà à perdre de son goût alors qu'il repose sur une formule bien entamée qui se retrouvera peut-être malheureusement épuisée après le neuvième opus ou le dixième épisode qui sont déjà programmés depuis bien longtemps...
Auteur :Rayane Mezioud
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