Critiques

Fast & Furious 8 : Réunion de famille

Critique du film Fast and Furious 8

par Guillaume Méral

Huit épisodes au compteur, des budgets toujours en hausse, près de 4 milliards de dollars accumulés au box-office mondial ! Et pourtant, toujours pas d'explication définitive sur les raisons présidant au succès ahurissant de la franchise préférée de votre petit cousin à crête. Pire : après avoir réussi à attirer le gratin du bottage de cul 2.0 dans ses filets (Dwayne Johnson, Jason Statham, Tony Jaa), voilà que les stars les plus in (genre celles qui foulent les tapis rouges et reçoivent des oscars) font du pied pour avoir droit à leur tour en tuture (Charlize Theron et Helen Mirren s'il vous plait !). Pourtant, "Fast & Furious" continue d'échapper aux éclaircissements des analystes, qui persiste à ne pas saisir le rapport horizontal entretenue avec une fan-base capable de se mobiliser dans une ferveur quasi-religieuse. On l'a vu avec un "Fast & Furious 7" marqué par la disparition tragique de Paul Walker, qui faisait de son épilogue une véritable cérémonie posthume conviant le public à jeter symboliquement une dernière rose sur la tombe de l'acteur. Ce qui aurait pu sonner le glas des festivités est devenu un vecteur de mobilisation qui souda la communauté (équipe et fans) autour du chagrin lié à la disparition de l'être cher.

On mesure à quel point un tel instant de catharsis collective constitue la piéta d'une franchise qui s'est toujours targuée du lien particulier tissé avec son public. Et quoi de mieux pour cela que d'élargir le deuil familial aux spectateurs présents dans la salle, avec un Vin Diesel autoproclamé figure patriarcale prêtant son épaule grassouillette aux épanchements de larmes de ses invités ? S'il fallait distinguer une raison entre toutes permettant d'expliquer rationnellement la longévité invraisemblable de la licence, ce serait précisément ça : être parvenu à conférer à son audience un sentiment d'appartenance comme nulle autres, légitimant sa vision clanique du monde en invitant celui qui la regarde à être un membre à part entière du groupe. C'est en ce sens qu'il faut comprendre la « familia » dans "Fast & Furious" : une entité globale ou les personnages et le spectateur sont conviés à s'asseoir à la même table, à trinquer ensemble chaque fois que Baboulinet porte un toast. Il suffit de jeter un œil à la page Facebook d'un Vin Diesel pas dupe du phénomène (qu'il a essayé de reproduire lamentablement dans le dernier "XXX - Reactivated"), qui se répand en message à destination de ses fans « sans qui rien ne serait possible », pour se rendre compte de l'écho rencontré par le message subliminal assené à longueur de films (compter le placement du mot « famille » toutes les 5 minutes environ).

De fait, c'est forcément avec la certitude de celui qui a le soutien d'une vox populi avec laquelle il est entré en communion que se présente aujourd'hui ce huitième épisode qui a la charge d'élargir un peu plus le champ des possibles de la saga (dont la mue fut symboliquement actée par le décès de Paul Walker dans l'épisode précédent) tout en pérennisant son incontournable esprit de famille. Logiquement, il s'agit même du sujet principal d'un film qui voit pour la première fois Vin Diesel basculer du côté obscur lorsqu'une mystérieuse terroriste lui oppose un odieux chantage qui le pousse à se retourner contre sa tribu (contre sa famille. SA famille !!). Forcément, l'équilibre de la familia est en péril, et tout la problématique sera forcément de mettre l'unité de ses membres à l'épreuve pour mieux la renforcer et l'élargir in fine. Autrement dit la famille : vous allez en bouffer de la famille, et à tous les étages. 

On ne saurait jouer les ingénus concernant les attendus d'une saga qui nous a habitué à nous imposer ses rebondissements les plus absurdes à la façon d'une telenovela depuis au moins trois épisodes. Difficile cependant d'ignorer l'inclinaison opérée par le procédé ici. En effet, plus personne ne fait comme si la cohésion organique de l'ensemble devait tenir dans la capacité de son scénario à organiser l'univers. Ce qui n'a jamais été le cas, mais sur le plan des apparences, Chris Morgan essayait au moins de jouer le jeu, quelques soit le degré de WTF atteint par les précédents. Or, "Fast & Furious 8" ne fait même plus semblant de ménager les règles de la dramaturgie la plus élémentaire en convoquant son mantra (la famille, vous suivez ?) comme seul étalon de mesure à ses rebondissements.

De fait, tous les personnages ne se caractérisent dorénavant que dans leur capacité à préserver une cellule familiale donnée, ce qui est bien commode pour faire avaler les couleuvres les plus mastocs. Exemple : Jason Statham s'était imposé comme le bad guy définitif de la licence, jusqu'à tuer un personnage à la fin du "Fast & Furious 6" ? Vous avez encore en mémoire cette ouverture génialement débile du "Fast & Furious 7" ou le bad ass briton décimait un hôpital entier juste pour rendre visite à son frangin ? Qu'à cela ne tienne : il l'a fait pour sa famille. La sienne à lui, pour laquelle il n'a jamais cessé d'agir avec dévotion. Jusqu'à se faire manipuler par Charlize Theron, la Evil Bitch en titre qui se révèle… Attention spoiler  (mais à ce stade, on s'en fout déjà pas mal)… la raison du pourquoi du comment de son conflit avec les autres ! Ça a l'air compliqué dit comme ça, mais à l'écran ça tient 45 secondes à peine (et de toute façon, la famille c'est le plus important). Soit juste ce qu'il faut pour actionner le mode good guy pour le perso, check de super poto avec The Rock et chorégraphie rigolote avec un landau à l'appui.

On charge la barque comme ça, d'autant que le flegme habituel de l'acteur permet malgré tout de faire passer la pilule sans trop de difficultés. Mais on parle ici de tous les compartiments d'un « récit » qui ne jauge plus guère les personnages qu'à cette seule échelle de valeur (la FAMILLE). On se moque d'ailleurs pas mal des motivations de la méchante ou des modalités incompréhensibles de ses plans de dominations du monde, vu que l'essentiel ne tient pas là : elle ne croit pas à la famille. Elle le dit d'ailleurs, haut et fort.  Enfer et damnation, sacrilège et Apocalypse, Chtulu tape à vos portes : cette femme est le diable en personne, She Evil. Ou au moins une de ses succubes ce qui, au regard du look de Charlize Theron et le cabotinage printanier de l'actrice, une idée qui ne manques d'équivoque à l'écran. Obligé tout est de sa faute depuis le "Fast & Furious 5".

On a le droit de s'amuser de cette confiance sans réserve placées dans ses propres mécanismes d'adhésion. On peut se rassurer en se disant que de toute façon on n'est pas là pour ça, que même sans faire tout à fait partie de la Vin Diesel family, le WTF fait de toute façon partie du spectacle.  Problème : si la sur-stylisation de la mise en scène de James Wan avait formellement permis à "Fast & Furious 7" d'entrer en communion avec son contenu, il n'en est pas vraiment de même pour F. Gary Gray. On aurait pu croire à l'aune de son travail sur "Straight Outta Compton" que le réalisateur allait faire profiter la licence de sa deuxième vie artistique. Las, il retrouve le costume d'exécutant mou du genou qui était le sien dans les années 2000, accusant même à certains endroits un décalage de fabrication qui renvoi au premier film réalisé par Rob Cohen (comme quoi, la famille c'est un cycle).  

Bien en peine de donner sens au bordel qu'il est censé organiser, Gray se rattrape sur les marges qui échappent un peu à la dictature du « family for ever ». Notamment le duo Johnson/Statham, qui deviennent copains comme cochon après avoir passé une bonne partie du film à se rentrer dedans (manque plus qu'un « Your Mom's name is Martha too ?! » pour faire du pied à "Batman vs Superman"). C'est à eux que l'on doit l'essentiel des quelques secousses venant traverser un moteur ronronnant sur ses acquis, notamment une scène d'émeutes en QHS opposant le physique gargantuesque d'un Rocher en mode démolition à l'agilité et la souplesse de Jason Statham reconverti en Yamakasi pour l'occasion. Pour le reste, on est en face d'une franchise qui profite à plein du contrat de confiance qu'elle peut remplir à peu de frais. La preuve : Vin Diesel fait un barbecue en famille à la fin, avec un joli (quoique téléphoné) hommage au personnage de Paul Walker pour que chacun y aille de sa larmichette. Salute mi familia. Mais cul sec : trop longtemps en bouche, ça colle vite au palais.  
Auteur :Guillaume Méral
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