28 septembre 2021
Critiques

Fast & Furious 9 : Plus furieux mais à quel prix ?

Par Yaël Djender


En dépit d’une action souvent aussi indigeste qu’elle est débridée, "Fast & Furious 9", le long-métrage de Justin Lin, demeure un projet profondément fun et rythmé, qui devrait satisfaire les amateurs du genre.

Ce n’est plus un secret pour personne : la saga "Fast & Furious" s’apparente à un interminable crescendo explosif, dont chaque épisode est encore plus fou que le précédent. Tant et si bien qu’une joie intense nous habitait à l’idée de retrouver Dominic Toretto et toute sa troupe dans les salles obscures. Il convient alors de dire que ce n’était pas sans la crainte d’assister à une escalade incontrôlée que nous arpentions les couloirs du multiplexe, en vue de la projection de "Fast & Furious 9". Et force est de constater que la surenchère tant redoutée est là, et bien là  ! Il serait en revanche réducteur de résumer ce volet à une impression désagréable, loin d’être représentative d’un ensemble qui parvient à se maintenir à flot pendant près de 2 h 30, contre vents et marées.

Le spectacle à tout prix, maladie des productions modernes

On s’interrogeait sur la date d’un éventuel cessez-le-feu de la part des équipes du film : il semblerait que l’on doive se contenter d’un « jamais » en guise de réponse. En effet, après que les dernières aventures de nos fous de bagnoles aient toutes plus été placées sous le signe de l’adrénaline les unes que les autres, on était en droit de se demander si elles allaient un jour se heurter à un plafond. Et si, malheureusement, ce n’est toujours pas le cas pour "Fast & Furious 9", nous pouvons toujours croiser les doigts pour que nos doléances soient entendues pour le prochain volet, articulé en deux parties, et dont le tournage est en cours (l’espoir fait vivre, qu’ils disaient). Car le mal qui touche cette saga est symptomatique de celui qui touche Hollywood depuis maintenant plus d’une décennie : des explosions, des explosions et encore des explosions.

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Vin Diesel et John Cena - Copyright 2021 Universal Pictures. All Rights Reserved.

Cette redondance s’est bien entendu faite au détriment d’une intrigue posée et construite, qui ne saurait exister dans le peu de temps que dure un film. Alors bien sûr, c’est sympathique par moments, et il arrive même que l’on se laisse prendre au jeu, mais quand c’est trop, c’est trop. Et dans le cas de "Fast & Furious 9", c’est beaucoup trop. Entre les voitures, les camions, les jeeps, les armes à feu, les armes blanches, les tanks et même les navettes spatiales (la petite nouveauté du jour), on ne sait plus où donner de la tête, et on a vite le tournis  ! Cette avalanche d’effets spéciaux devient difficilement supportable une fois passée l’heure et demie. Quel dommage, cela risque de faire fuir les moins tenaces, qui repartiront sans avoir côtoyé les bons côtés du film.

Un scénario prenant, mais inégal

La bonne surprise de "Fast & Furious 9" réside étonnamment dans son intrigue. Souvent ciblés par la critique pour leur manque d’approfondissement de ce point de vue, les scénaristes ont pris bonne note de ce qui leur était reproché et proposent un pitch qui, s’il ne frise pas avec les sommets de ce que le septième art nous a offert, reste divertissant. Certes, l’histoire de la rivalité fraternelle sent le réchauffé. Certes, le coup des amis qui deviennent la famille, celui du vieux couple qui sort de sa retraite ou de la fausse mort aussi. Mais qui a dit qu’il fallait être original pour être plaisant à regarder ? C’est dans cette faille astucieuse que se glisse le long-métrage pour nous proposer du « déjà-vu amusant », qui a le mérite d’être efficace. De plus, nous pouvons assurer aux fans sans trop leur en dire que certains vides d’écriture laissés béants bien trop longtemps sont enfin comblés, et dans la cohérence s’il vous plaît !

N’omettons néanmoins pas de mentionner les nombreux raccourcis scénaristiques de "Fast & Furious 9" utilisés dans le but d’accélérer les évènements. Ceux-ci ne manqueront pas de vous faire vous exclamer (en silence, on l’espère pour les autres spectateurs) que c’est impossible, que ça arrive trop vite, que c’est trop facile… Vous serez prévenus ! Cette regrettable absence de pincettes, et ce léger manque de complexité, ne devraient toutefois pas trop vous déranger si vous prenez ce film pour ce qu’il est : un film d’action, honnête et loin de toute prétention littéraire ou philosophique.

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Ludacris et Tyrese Gibson - Copyright 2021 Universal Pictures. All Rights Reserved.
Une réalisation soignée

Encore une fois, on prend une claque. S’il est un domaine dans lequel cette saga excelle, c’est bien la construction esthétique et sonore des films qui la compose. Les plans sont toujours bien sentis, et permettent automatiquement notre immersion pleine et entière quand ce qui s’y déroule n’est pas tiré par les cheveux. Il est alors opportun d’évoquer les magnifiques décors dans lesquels évoluent nos personnages, des endroits de rêve, devenus leur signature. C’est un plaisir visuel qui ne faiblit pas au fil des années, bien au contraire.

La bande originale est, quant à elle, dans les standards posés par les épisodes précédents. Marquée par les influences rap, mais aussi latino, elle contient des mélodies entraînantes qui vous feront à coup sûr remuer la tête depuis votre siège. Les connaisseurs apprécieront, les autres un peu moins. Ces derniers trouveront sûrement de quoi se consoler au travers des sonorités épiques accompagnant les scènes d’actions les plus folles. Et que dire des véhicules et de la manière dont ils sont filmés ? De ce côté, c’est un indéniable sans-faute réalisé par toutes les personnes qui y ont travaillé, du choix des voitures à la manière dont elles sont mises en scène. Chapeau bas.

En somme, "Fast & Furious 9" est un petit plaisir coupable qui mérite l’attention qu’il reçoit. Ce n’est ni une révolution dans le microcosme du cinéma d’action, ni même le meilleur volet de la saga, mais c’est une sortie qui fait du bien au moral dans une époque où se vider la tête est la première chose à laquelle on pense en se levant le matin. Il arrive que ce soit lourd, bâclé ou expédié, mais jamais personne n’a prétendu que ça devait être parfait. Pas même Justin Lin. Alors si vous avez besoin d’un petit coup de boost, de vous changer les idées ou simplement de passer un bon moment, bouclez vos ceintures et laissez Dom Toretto s’occuper du reste. Il fait ça depuis vingt ans, après tout…

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