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Femme Fatale : La critique

C'est peut-être un film noir, ou peut-être une manipulation de Brian De Palma pour nous le faire croire. Une grande blonde, voleuse de bijoux, tend un piège à ses associés, et va tout tenter pour garder le contrôle de cette situation. C'est là que le public s'attend à voir un jeu ingénieux de fausses pistes déroutant et fascinant… Mais c'est aussi là que le jeu devient dangereux, car lorsque De Palma décide de nous mener dans les tréfonds de son esprit ( il a écrit le scénario du film) et dans l'engrenage engendré par la belle diabolique, les clichés sont au rendez-vous. Et même si parfois il parvient avec une aisance évidente à nous faire croire à une certaine naïveté de sa part pour ensuite nous bluffer (il faut voir toutes les accumulations qui nous rendent incrédules durant la première rencontre entre la voleuse-menteuse et le photographe), parfois la limite est de moins en moins palpable et le spectateur doit alors réfléchir à la finalité du film. Pourtant, on se laisse facilement porter.

C'est donc au spectateur de faire le choix d'accepter ou non de se laisser manipuler par un film aux diverses rebondissements. Ce qui nous oblige à garder en mémoire chaque pièce de ce puzzle… Mais Brian De Palma laisse des indices de sa présence; sa fascination pour le maître du suspense se retrouve aussi dans "Femme fatale" (distribué par ARP). Le choix de l'actrice, blonde; sa transformation vestimentaire en Madeleine-Kim Novak lors da la scène du sex- shop, tout est fait pour rappeler "Vertigo" d'Hitchcock, tout comme le fait que De Palma ait choisi une femme dont le passé doit être occulté et dont le présent se résume à emprunter l'identité d'une autre( on remarque que la transformation passe surtout par la couleur de cheveux de l'héroïne dans ces deux films). Cependant, le plus frappant dans cet exercice pseudo-hitchcockien est sans doute de placer les moments forts du film aux abords d'une église, tout comme dans Vertigo où l'intensité dramatique se situe surtout dans le cadre de la mission… Et la fascination qu'il éprouve pour Hitchcock n'est pas seulement narrative, car le spectateur ressent assez facilement le plaisir qu'a eu le réalisateur à filmer son actrice. Les mœurs entre ces deux films ont bien changé et De Palma s'exécute avec beaucoup de joie dans l'exercice de filmer la femme fatale sachant utiliser ses nombreux atouts.

Le choix du réalisateur pour un nouveau visage, le rythme assez soutenu de la narration ne font hélas pas tout et on sent tout de même que De Palma a ressorti quelques idées déjà exploitées auparavant. On ressent le plaisir du réalisateur, et à la fois son manque d'ambition. Ainsi, le dénouement sonne comme une référence à un de ses films précédents, "Obsession" (1976), lorsque l'explication d'un événement tient à sa reprise tout en y ajoutant un élément jusqu'alors inconnu pour le spectateur (pour ceux qui n'ont pas encore vu le film, je vous déconseille de lire ces lignes suivantes). Car une manipulatrice peut en cacher une autre…

"Femme fatale" n'est pas un De Palma d'une grande inventivité mais le choix des comédiens et comédiennes, quelques astuces de montage le rendent tout de même plaisant à regarder, jusqu'au prochain bon film…

Auteure :Bernadette Saint-LégerTous nos contenus sur "Femme Fatale" Toutes les critiques de "Bernadette Saint-Léger"

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